LA VEILLEE
commerce, mais ce serait dommage qu’il restât complètement inconnu à la génération actuelle : c’était, tout bonnement, une grossière mèche de coton enduite de résine. Pas besoin n’était de chandelier : on fichait une cheville de bois dans le mur, on y faisait dégoutter, sur le bout, un peu de résine brûlante, on y fixait le bâton résineux, c’était tout. Et là il brûlait rapidement, répandant sa lumière jaune, sa fumée noire et son odeur dans toute la chambre. C’était une
Ferme de Beaurpgard
pétrelle dans notre langage villageois. Ça se vendait en paquets de douze, à dix centimes le paquet. Ce n’était pas cher, ça l’était assez.
Deux familles, la famille Pillivuyt et la famille Théremin, dont nous ne faisions qu’une seule, nous autres, étaient venues se fixer à Foëcy, un gros bourg près de Meliunsur-Yèvre, et prendre la direction d’une importante fabrique de porcelaine. Mme Louis Pillivuyt était une personne pieuse, et, je crois, son mari aussi. Privés de la prédication de T Evangile dans le milieu tout catholique où ils vivaient , ils venaient assez souvent à Asnières passer quelques jours
l6 F. COILLARD ENFANCE ET JEUNESSE
à l'occasion des grandes fêtes chrétiennes. Mme Pillivuyt était très bonne pour ma mère et la visitait souvent. Elle avait pris à son service une de mes sœurs, Marie-Jeanne, pour laquelle elle avait conçu une affection toute maternelle. Nous partîmes un jour à pied, ma mère et moi, pour aller la visiter. C’était à cinq lieues, partie par une belle route, partie le long du canal du Berry bordé de peupliers. Je n’étais pas fort, j’étais un enfant débile ; la petite vérole, que
Ferme de Beauregard
j’avais eue au berceau, avait laissé des traces dans ma constitution, et souvent j’ai entendu des personnes, me caressant, dire d’un ton de pitié : « Pauvre petit! »... Le trajet nous prit deux jours. Oue de choses nouvelles pour moi dans cette première sortie dans le vaste monde, en dehors de la coquille maternelle!
Le château de Foëcy, tout à côté de la grande fabrique, existait encore avec son beau parc, avec ses talus, ses fossés et ses tourelles. A un kilomètre de là, se trouvait la ferme du château, une grande et belle ferme dont tous les bâti-