DEPART POUR STRASBOURG
vous connaissez je pense, le vénérable M. Cuvier. Il me prodigua ses conseils paternels et me promit tout son concours. Je me rendis chez M. Kreiss, en qui je trouvai un protecteur chrétien et de bon conseil ; c’est le directeur du Séminaire. Il me connaissait déjà par mes lettres de recommandation, me donna audience pour le lendemain à 9 heures. Je m’y rendis. Il me fit subir un examen de latin que je réussis à souhait. Je traduisis du Tite-Live. Ce bon monsieur me donna des lettres de recommandation pour les professeurs qui me devaient examiner, et m’assura d’avance du bon résultat de l’examen.
« Si, immédiatement, vous entrez avec moi chez M. S., professeur d’histoire, la scène change. C’est un homme sec de parole comme de physionomie, qui, sur mes aveux trop sincères que mes cours d’histoire n’étaient pas complets, ne daigne pas même m’interroger, et qui se sert de ces aveux mêmes pour élever un rempart devant la porte du Séminaire. Pourtant il daigne m’embrouiller par quelques questions captieuses sur Othon, Charlemagne, etc., etc. ; bref, je sortis de chez lui, un peu plus mal à mon aise que je n’y étais entré. Je me dirigeai lentement chez M. B., professeur de philosophie, et si, pour une chose que j’avais plus ou moins étudiée, j’avais si mal réussi, jugez avec quelle assurance j’allais subir un examen de philosophie que jamais je n’avais travaillé. C’est pourtant celui que je réussis le mieux. M. B. est un homme très alfable. « Vous venez pour que je vous examine ; c’est tout simple que je doive voter votre admission au Séminaire. Ou’avez-vous donc vu en philosophie, cher ami? » — « Rien, Monsieur, rien, » lui répondis-je franchement. — « C’est égal, cet examen n’est qu’une formalité à remplir, je vais vous donner une bonne note; vous vous fortifierez dans la suite. » Bien. J’allai chez M. H., professeur de grec, bon vieillard qui
vous donne toujours l’épithète de « très cher ». Il me mit Plutarque entre les mains (vie de Démosthène). Je fus aussi heureux que pour le latin, je compris et analysai à souhait, et m’attirai des éloges de M. H.
« A 4 heures, je me voyais inscrire sur ce gros livre, où la conscription ne peut envoyer ses gendarmes. M. Kreiss me donna une foule de bons conseils sur mes études, mon logement et ma conduite. Je suis donc élève du Séminaire, tout en suivant les cours du Gymnase. Je ne sais pas encore si j’entrerai en rhétorique ou en logique. M. Kreiss me conseille d’entrer en logique, d’autres en rhétorique. Les cours commencent mercredi.
« J’ai pris une chambre chez Mme Roth, veuve du pasteur de ce nom, en face de chez M. Cuvier, rue de l’Ail, 21. Je suis bien tranquille; je crois cette dame pieuse. Je soupirais après la vie de famille, je serais bien heureux si je l’avais enfin retrouvée, quoique je l’achète cher. Je vais donc maintenant m’occuper de ce terrible baccalauréat, la bête noire des pensions ; je ne m’en étais pas encore sérieusement occupé. On doit bientôt, à ce que m’ont dit des messieurs du Comité des Missions, ouvrir la Maison des Missions ; leur regret, comme le mien, est que je n’y puisse pas compléter mes études missionnaires. Ces messieurs se sont enfin aperçus que des études classiques n’étaient pas pour cela missionnaires, et, en même temps, ils ont vu le danger qu’il y a à placer des élèves missionnaires avec des jeunes gens voués à une vocation différente. »
Ce même jour Coillard écrit au Comité pour le rassurer :
« Vous craignez, Messieurs, que dans une faculté de théologie, je chancelle dans ma vocation missionnaire ; il n’est pas en mon pouvoir de vous persuader le contraire. Je ne