‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 72 sur 138 · SAUVE DES MAINS DES GENDARMES · texte numérisé non relu

SAUVE DES MAINS DES GENDARMES

puis, quand je le voudrais, parler de l’avenir, mais je puis et dois dire un mot du passé et du présent. Ce n’est pas la première fois que je suis en contact avec des jeunes gens d’une vocation différente. Ce n’est, je l’avoue, qu’en tremblant, qu’à votre appel je venais m’asseoir à côté de futurs pasteurs sur les bancs de l’École préparatoire. Connaissant mon cœur rusé et inconstant en toutes ses voies, je priai, on pria pour moi, et le Seigneur répondit à ces prières. Il daigna me préserver des dangers et des tentations auxquelles j’étais exposé et m’affennit de plus en plus dans ma vocation missionnaire.

cf Jamais je n’avais senti, comme auprès de M. Boissonnas, la beauté, l’urgence et la grandeur de l’œuvre des missions ; jamais, non jamais je n’avais senti battre mon cœur avec plus de force pour les pauvres païens qui périssent sans connaître le Dieu et le Sauveur que j’adore. Oh! Messieurs, tel je suis encore et tel le Dieu qui m’a gardé à Batignolles me gardera aussi à Strasbourg. Dès mon enfance, j’aimais les pauvres sauvages et leurs dévoués missionnaires, et maintenant bien plus encore que lorsque je me suis présenté à vous pour la première fois. Je parle en toute franchise et vérité, je n’exagère, je ne colore rien, pardonnez-moi. »

Mais, si Coillard était « à l’abri des gendarmes », toutes les difficultés n’étaient pas levées. Il en restait une encore à l’égard de la Société des Missions : ce n’était pas cette Société qui, officiellement, avait envoyé Coillard à Strasbourg. Coillard, une fois dans cette ville, resterait-il élève missionnaire, dépendant de la Société de Paris ? De plus il était inscrit à la Faculté, mais, effectivement il ne devait suivre que les cours du Gymnase, pour arriver à prendre son baccalauréat; une fois bachelier, il aurait une bourse; mais, d’ici là, qui pourvoirait à son entretien? La Société avait déjà fait beaucoup de frais pour lui.

F. COILLARD

Ces questions étaient angoissantes pour Coillard ; il écrit au Comité qu’il va se mettre courageusement à préparer son baccalauréat ; qu’en attendant, pour alléger les charges de la Société, il donnera des leçons; qu’enfin il a « un modique héritage » qu’il pourra vendre et ainsi pourvoir lui-même à son entretien .à Strasbourg pendant un an, et il termine sa lettre par ces mots :

« Si le Comité venait à m’abandonner, certainement ce serait pour moi une épreuve bien cruelle et mon embarras pécuniaire ne serait pas moindre que celui de la conscrip'tion ; toutefois l’Eternel ne m’abandonnerait pas sans doute et vous me permettriez de me considérer toujours comme votre élève et soumis à vos ordres.

F. Coillard,

encore et toujours votre élève missionnaire s’il plaît à Dieu. »

Cette lettre au Comité était accompagnée d’une autre à M. Grandpierre :

« Quoique je sois à Strasbourg, je n’en suis pas moins élève missionnaire et, quoi qu’il arrive, je me considérerai toujours comme élève de la Société de Paris. Mon désir le plus ardent est d’être missionnaire, voilà tout. Plus d’une fois déjà, cher Monsieur, j’ai pris plume et papier pour vous parler, à cœur ouvert et à satiété, de ces missions pour lesquelles je vis, mais jamais je n’ai osé vous présenter ces lignes, parce qu’elles n’étaient pas conformes au ton de Paris. »

Le Comité, considérant que Coillard lui avait donné jusqu’à ce jour une entière satisfaction, décida de faire les frais de sa pension et de le conserver au nombre de ses élèves. De son côté, Coillard

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