TRAVAIL ET PRIERE
ami ***, chez lui, de 1 1 lieures à midi. Nous étions on ne peut plus froids ; nous nous embarrassions l’un l’autre, et cependant nous ne pouvions nous séparer. Des chrétiens, dans une telle position, devraient se séparer sans cérémonie; on perd son temps, on use et l’amitié et la vie.
Lundi 23 avril. — Je n’ai en vérité plus le temps de m’occuper de mon journal. J’essaie de beaucoup travailler afin que, sous le regard de Dieu, je puisse être prêt pour les examens d’août.
Samedi 5 mai i855, 6 heures matin. — Il me prend de temps en temps de ces dégoûts de la vie, c’est incompréhensible. Je vois tout en noir, tout en désert et je me dis, la tristesse dans le cœur: Il faut pourtant vivre.
J’aime beaucoup les missions et je crois que c’est là ma réelle vocation, mais, quand je considère tout ce vide qui se fait autour de moi : plus de parents pour me réjouir, plus d’amis pour me consoler, plus rien au monde que ma misère qui me fait souffrir et menace mon salut !
Cependant, au sud de l’Afrique ou ailleurs, il est impossible que je puisse me trouver plus seul qu’ici. Sans amis véritables, personne à qui je puisse ouvrir mon cœur, personne qui me comprenne : l’un qui exagère une chose, l’autre qui en outre une autre ! A quoi bon vivre ? Vivre pour souffrir, pour gémir, pour languir, est-ce donc là la vie? Oui, c’est là la vie d’ici-bas ; mais, grâce à Dieu, ce n’est pas le but de la vie !
Mercredi g mai. — Mon désir est de faire ta volonté; fais donc de moi, ô mon Dieu, tout ce qu’il te semblera bon !
Oh ! les missions, les païens occupent tout mon cœur ! C’est pour eux que je travaille, que je vis en vivant pour le Seigneur Jésus.
J’ai soif d’instruction.
I(j8 F. COILLARD ENFANCE ET JEUNESSE
Vendredi u mai. — Je suis dans une pénible crise. Tantôt je crois, tantôt je doute et souvent je nie. Mon christianisme m’est devenu fort obscur, je ne vois plus clair. Je crois que, jusqu’à présent, j’ai été trop crédule, et maintenant je vois que tout l’édifice de ma foi, l’édifice tout entier, est à recommencer, à éprouver et à réédifier.
Samedi 12 mai. — Je désire aller passer mes vacances à Asnières et y évangéliser.
Mardi i5 mai. — De nouveau malade, toujours la misère. Je ne sais pas pourquoi, dès que je suis malade, j’éprouve un tel désir d’aller à Asnières. Désir blâmable, je le sais. Et ma pauvre mère !
Ascension, jeudi 17 mai, soir. — Voici une singulière journée. J’ai été malade. Je me suis mis au lit à midi, et il paraît que j’ai un peu battu la campagne. Et si ma santé était un obstacle à ma vocation ? Je n’ose y penser.
Vendredi 18 mai. — Une surabondance de joie qui ne cherche point la Parole inspirée du Seigneur, ou qui répugne à s’y alimenter, quels que soient ses élans vers le ciel, n’est qu’une caricature de la joie de Dieu, et une œuvre du diable. Défiez-vous-en.
Samedi ig mai. — Je suis de nouveau plus mal qu’hier. Je commence à croire que j’ai les fièvres intermittentes. J’attends le médecin.
Le 23 mai, Coillard écrivait à M. Grandpierre :
« J’ai lu dernièrement le fameux livre de M. Moffat, Vingthvis ans de séjour au sud de l’Afrique. J’ai médité avec lui la réalité de cette vie, bientôt la mienne; mais bientôt il me sera plus doux encore et plus utile de m’instruire aux pieds du missionnaire M. Casalis. J’attends. »
Coillard lut attentivement le volume de Moffat, il en souligna et annota plusieurs passages. A la première page, il écrivit : « Me voici, ô Dieu, fais de moi ce qu’il te semblera bon ! » A la der-