‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 85 sur 138 · UN SERMON IMPROVISÉ · texte numérisé non relu

UN SERMON IMPROVISÉ

les bois ou dans la campagne; il nous donnait un peu de lait pour nous rafraîchir. Durant ces promenades, il nous amusait, car il aimait beaucoup les enfants; il était doux, sa gaieté était toujours avec de bons sentiments. Il me faisait faire des compositions sur la promenade, sur les discours que nous avions eus ensemble et, en me quittant « Tu m’apporteras ça », disait-il. Ou bien je le conduisais dans la campagne voir mon père qui lui montrait à tailler la vigne, à faucher le grain, l’herbe. Coillard disait : « J’aurai besoin de savoir ça. » Coillard fauchait bien. Dans labelle saison on allait se baigner à la « Fosse du Vieux Pont », autrement dit au Pont de Calvin, l’endroit le plus profond du Moulon. Coillard se jetait du haut du pont, il savait bien nager et plonger. »

( Autobiographie .) — Quelque, temps après mon arrivée à Asnières, un dimanche, une heure à peine avant le service, M. Filliol me manda dans son cabinet : « Coillard, me dit-il, depuis que vous avez parlé à l’enterrement de Mme P. (morte le 28 août 1 855), on me demande de vous faire prêcher; moi aussi, je désire vous entendre. Préparez-vous, dans une demi-heure on va sonner la première cloche. » Je 11e croyais pas d’abord qu’il fût sérieux ; mais, comme il insistait, je fus saisi d’une frayeur comme jamais je n’en ai connue. Moi ! prendre la place de M. Filhol, un homme dont le talent me remplissait d’admiration ! Moi ! monter en chaire sans aucune préparation et prêcher !

La proposition seule était cruelle, et l’exécution impossible. Je protestai, j’implorai, rien 11’y fit. Après une heure d’agonie, le dernier coup de cloche sonna, le temple se remplit et nous entrâmes. En voyant M. Filhol monter en chaire, j’avais espéré que, témoin de mes angoisses, il avait renoncé à me faire prêcher. Mais, quand il eut fini la partie liturgique du culte, il annonça qu’à la requête de plusieurs personnes, l’étudiant Coillard allait prêcher; puis, descendant de chaire, il me fit un signe impératif et je montai

comme un supplicié. Je pris pour texte Jacques îv, 8-10. Dieu me soutint. Je descendis de chaire humilié, mais déterminé, maintenant que j’avais fait le premier pas, à me préparer consciencieusement pour une autre fois. Ma bonne mère était très émue et bénissait Dieu de lui avoir donné la joie de m’entendre prêcher pour la première fois; ses ardents désirs étaient donc accomplis. Quoi qu’en pensassent mes auditeurs, M. Killiol critiqua sans merci ce discours ex tempore, et il y avait de quoi. Depuis lors, je prêchai tous les quinze jours et quelquefois plus souvent.

Je ne savais pas pourquoi cette éducation. Je l’appris bientôt. M. Filhol accepta l’appel d’une autre église et quitta celle de Bourges avant qu’elle fût repourvue. Le conseil presbytéral demanda (i3 mai 1 856) au Comité des Missions de me laisser pour quelques mois, jusqu’à l’arrivée d’un nouveau pasteur. Je me jetai alors, cœur et àme, dans l’œuvre, et ces mois d’activité, au milieu des miens et entouré de leur affection, ont été parmi les plus beaux et les plus doux de ma vie. Ma bonne mère était heureuse et mes sœurs et mes frères aussi.

Durant toute sa carrière, Coillard a toujours eu en vue une âme à la conversion de laquelle il s’est particulièrement attaché. L’origine de cette conception spéciale du travail d’évangélisation se retrouve dans une lettre de James Ilocart : « Vous trouverez beaucoup de douceur, écrivait-il à Coillard le 3i janvier 1 855 , à faire votre apprentissage de missionnaire, en choisissant une âme à la conversion de laquelle vous travaillerez plus spécialement et avec persévérance. »

Ce n’était pas Coillard qui devait jeter son dévolu sur une âme, c’était Dieu qui devait mettre cette âme sur la route de Coillard. Elle se présenta à lui à Asnières, dans le courant de l’hiver, par un de ces concours de circonstances dont Bossuet a dit : « Ce qui est hasard à l’égard des hommes est dessein à l’égard de Dieu. »

ASNIERES

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