LUTTE ET PRIERES POUR UNE CONVERSION
Coillard connaissait déjà J. B. ; ce n’est cependant qu’après cinq mois qn’il le retrouve ou qu’il le découvre :
5 février i8~>6. — Je viens de retrouver un bon ami dans J. B. Je l’aime véritablement. Il n’est sans doute pas bien développé quant à la vie intérieure, mais il est bien sérieux. Il est resté une bonne heure avec moi.
Le 8, le i3, le 1 5, nouvelles rencontres; le 21 et le 22, attentes vaines, déceptions :
2g février soir. — J. B. vient de partir. Je suis heureux de l’avoir eu auprès de moi. Hélas! il ne comprend pas encore!... Je prie beaucoup pour lui.
Le ton a changé. Quelques jours après, il n’y a plus de doute : c’est bien à la conversion de J. B. que Coillard va s’attacher :
3 mars 1806. — Je suis heureux ! Je puis prier et prier sans cesse. J. B. m’intéresse beaucoup et je prie beaucoup pour son àme ! O combien je désirerais qu’il lût réellement chrétien ! Il n’a pas encore senti son état de péché, je le crois; il est bien disposé, c’est tout.
La prière pour J. B. continue, ardente et journalière ; la prière devient une lutte avec Dieu, une lutte à genoux. Un jour, 27 avril, J. B. était venu pour prier avec Coillard : « Nous parlions peu, j’étais dévoré de prière et d’émotion, dit Coillard; J. B. pleura beaucoup. » Coillard était certain de l’exaucement, quand, trois jours après, il apprend que J. B. doit aller à la foire de Lignières :
Jeudi Ier mai i856, Ascension. — J. B. à la foire ! J. B. qui est, je crois, travaillé par ses péchés! Je priai ardemment le Seigneur, lui demandant avec angoisse qu’il voulût bien
épargner à J. B. ce piège. Toutefois, Père, lui criai-je, que ta volonté se fasse! Si tu permets qu’il aille à la foire, tu l’y poursuivras par le sentiment de sa misère et je saurai, une fois de plus, que je ne fais pas, moi, la conversion de J. B. J’avais passé toute la soirée en prière et toute la nuit je fus sous cette impression; le matin je jeûnai et je me sentis fort. Je priai de nouveau... J’étais ainsi dans l’angoisse que j’exprimai par le chant d’un cantique, quand entre le fils de ce cher ami J. B. Je ne sais pourquoi il venait, ce cher enfant; il m’apprit que lui n’allait pas à la foire, mais que son père allait partir à g heures et qu’il ne reviendrait que dans la nuit du samedi au dimanche. Dès que je l’eus congédié, je priai mon Dieu avec angoisse. Mon Dieu m’exauça. Je vis passer la voiture : ce n’était pas J. B. mais le cousin X. qui la conduisait. Ne pouvant croire à tant de bonté de mon Dieu, je craignais que mes yeux se fussent trompés, quand, par hasard, j’entrevis, à travers la fenêtre qui était fermée, ce cher ami J. B. qui allait entrer. J’éclatai en actions de grâce. Mais non, il ne vint pas... Je me suis trompé, me dis-je. Aussi, dès que le troisième coup fut sonné, je me hâtai de me rendre au temple, et là, le Seigneur me convainquit qu’il avait pleinement exaucé ma prière : J. B. était là. Oh ! cœur incrédule ! crois seulement, tu as vu et tu verras la gloire de Dieu ! Augmente-moi la foi, cher Père !
Ceci n’est qu’un exemple. La lutte continue. J. B. passe par des alternatives de joie et de tristesse; il recherche, il fuit Coillard; il prend à plusieurs reprises des engagements par écrit dans le journal de Coillard ; mais celui-ci craint que J. B. ne se fasse des illusions. « Il veut faire tous ses efforts, dit-il, il veut tâcher. » Mot funeste, qui a résonné comme un glas sur tant de prétendues conversions ! Les prières de Coillard deviennent toujours plus nombreuses, toujours plus instantes. Le journal de cette époque en est plein.
LUTTE ET PRIÈRES POUR UNE CONVERSION 2l~]
Lundi ii août i856. — Soirée de prière, de . larmes et d’angoisses. O mon Dieu, ô mon cher Père, non je ne sais pas te prier; mais toi, apprends-moi toi-même à te prier de telle manière que je sois exaucé. Mon Dieu, je crois être sincère et sans égoïsme dans les motifs qui me poussent à prier pour le pauvre J. B. S’il n’en est rien, fais-le moi connaître, ô Dieu, car je désire te prier comme tu veux que je te prie. O mon cher Père, je suis ton enfant, ton indigne enfant, mais ton cher enfant pourtant; je t’aime, ou du moins je désire t’aimer beaucoup; je désire voir ton règne faire des progrès ici, et il n’en fait pas du tout; pourquoi? Je désire voir ton nom glorifié, et au contraire il est méprisé et diffamé! O mon Dieu, je suis dans la plus vive angoisse à cause de J. B. Tu dis dans ta Parole que lu ne veux pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie; fais-moi donc connaître pourquoi tu n’as pas encore converti ce pauvre J. B.
Tes promesses sont bien positives pourtant; serais-je donc le seul que tu ne veuilles pas exaucer? Mes prières sont froides et sans persévérance ; mais me rendras-tu responsable de la perte d’une âme? O mon Dieu, augmente ma foi, enseigne-moi à te prier; mais sauve J. B., non pas à cause de mes prières, non, mais à cause de Jésus, à cause de ta gloire, à cause du salut de J. B. Je ne puis pas lui parler, moi, il me fuit; je pleure à tes pieds afin que tu lui parles toi-même. Tu as beaucoup de moyens, mon bon Père; c’est ton œuvre, c’est ta gloire; si tu ne m’exauces pas, la douleur m’obsède, je mourrai. Et puis, tu sais bien que je suis un pauvre enfant qui ne sait comment travailler à ton œuvre. Ou’esl-ce donc que je dois dire et comment dois-je le dire à ce malheureux, ton ennemi ! Montre-moi donc si je dois ou non le rechercher. Je ne sais pas faire ta volonté, mon Père, enseigne-moi ; ma suprême douleur serait de voir tous mes efforts et désirs avoir pour résultat la perte de l’âme de J. B.
« Ma voix s’adresse à Dieu, et je crierai; ma voix s’adresse à Dieu et il m’exaucera! » (Ps. lxxvii, i). Amen, oui, amen, il m’exaucera !
O mon Père, tu convertiras J. B. sans le secours de mes prières! Je ne sais pas, je ne puis pas te prier.
Mercredi i3 août i856. — Seigneur, pardonne à ton faible enfant ses misères et ses infidélités sans nombre ! Que de fois, ô Père, n’ai-je pas parlé à ce cher ami de son salut ! Mais j’ai travaillé sans toi et tu ne m’as pas béni!... O mon Dieu ! il n’y a pas longtemps que je me suis montré devant lui d’une légèreté insensée. Hélas! Jusques à quand serai-je dans ta vigne, cher Maître, un obstacle, un embarras? Pardonne, ô mon Dieu, pardonne ! J’ai beaucoup prié pour J. B., tu le sais bien, mais, mon Dieu, souvent je t’ai demandé sa conversion parce que j’aurais été heureux de trouver en lui un ami chrétien. Pardonne cet égoïsme ! Mon Dieu, je t’ai peut-être aussi prié avec plus de confiance dans mes prières que dans tes promesses; quand je t’avais adressé une fervente prière, il me semblait que je devais être exaucé !
Oh! que son cœur est dur! Seigneur, brise-le pour ta gloire ! oh! brise-le ! 11 dort maintenant, ce pauvre ami; mais tu peux le visiter, puisque moi je ne puis lui parler! Tu peux agir sans faire cas de mes prières! Ta gloire, ô mon Père, ta gloire! ta gloire! le réveil de cette malheureuse église! oh! n’agiras-tu pas?
io heures soir. — Oui, je crois que le Seigneur m’exaucera; je le crois. J. B. dort, mais plaise à Dieu qu’il ait une llèehe du Tout-Puissant dans son cœur! J’ai eu avec lui un entretien court mais solennel. Il m’a dit qu’il n’est pas ennemi de Dieu. Glorifie ton nom, ô mon Père !
Mardi ig août. — « Car nous marchons par la foi, et non par la vue » (n Cor. v, 7). Oui, c’est ainsi que marche et