PRÉOCCUPATIONS ET ACTIVITES DIVERSES
et si, sur l’article panache, il nous fallait forcément céder le pas, nous nous redressions comme des sols, quand le terrain de l’exégèse grecque et hébraïque nous offrait, sur nos camarades français, une revanche facile. Mais c’étaient là jeux d’enfants et un intérêt supérieur ne tardait pas à nous réunir dans une union fraternelle sincère. »
« Coillard, écrit un autre de ses camarades de la Maison des Missions, nous était supérieur par son expérience dans la vie chrétienne. Il était aimable, gai, mais par moments pensif, réservé. A la Maison des Missions, nous l’avions surnommé « Chrysostome » à cause de ce don admirable de la parole qui se faisait toujours remarquer, jusque dans ses prières. Ce don n’était que le reflet de son esprit, de ses pensées, de ses sentiments et de sa piété. »
Coillard avait certainement encore à lutter avec les mêmes difficultés de caractère qu’auparavant. « Mon grand mal c’est de n’être que très rarement joyeux, » écrit-il à un ami, le 4 avril i856.
2g décembre i856. — De tous mes amis, je suis celui qui a le plus singulier caractère : un rien m’irrite et me met de mauvaise humeur. Je l’ai confessé, samedi dernier, à la conférence, en suppliant mes frères, dans des cas pareils, de me reprendre et de prier pour moi. Oh! quand apprendrai-je à me laisser conduire par le Saint-Esprit de Dieu?
Il souffre de son extrême pauvreté; un jour il a écrit à un membre de sa famille, à Asnières, une longue lettre :
2g décembre i856. — Je ne sais pas si je l’enverrai, je n’ai pas de quoi l’affranchir.
Asnières est resté pour lui une préoccupation constante ; le réveil de son église, la conversion de J. B., de sa mère, de sa parenté font l’objet de ses prières et de ses pensées :
i5 janvier i8ây. — Je suis constamment assiégé par la pensée d’Asnières; je me reproche de ne pas assez prier.
F. COILLARD
i3 avril i85j. — Pauvre mère, partirai-je sans la voir se convertir au Seigneur ?
Une autre préoccupation se reflète aussi dans son journal, surtout depuis qu’il voit approcher le moment du départ, celle de son mariage. Il s’en ouvre à M. Casalis et à d’autres; toutefois il s’en remet à Dieu.
Il poursuivait ses études, mais avec peine; évidemment la base n’était pas très solide :
i5 janvier i85y. — Je suis comme écrasé sous le poids du travail; demain exégèse, sessouto ; après-demain j’ai à présenter un travail sur les prophéties qui se rapportent à Jésus-Christ, et de tout cela je n’ai encore absolument rien fait ! Je suis vraiment triste. O mon Dieu! c’est pour toi que je travaille, souviens-t’en ! Et pourtant mes amis ne se trouvent pas trop surchargés !
Au travers de ces difficultés intérieures et extérieures, le travail de sanctification se continuait, la joie de se trouver enfin dans un milieu missionnaire rendait les victoires plus faciles et les défaites plus rares.
Et c’est ainsi que se passe la vie à la Maison des Missions. Coillard est arrivé au port, il poursuit, dans la maison qu’il avait rêvée, les études qu’il désire. Quelle bonne intimité confiante à la rue Franklin ! On y finit l’année, par exemple, par une réunion de longue veille :
3 janvier i85j. — Quelle belle soirée nous avons passée mercredi dernier (3 1 décembre) ! Après le chant et la lecture du premier cantique, nous tirâmes tous des passages que nous avions choisis parmi une collection. Les miens me frappèrent beaucoup, surtout le premier : <c N’est-ce pas ici le tison qui a été retiré du feu? » (Zacharie ni, 2.) Nous étions tous dans de si bonnes dispositions que quelques-