PRÉOCCUPATIONS ET ACTIVITES DIVERSES
uns de nous proposèrent même de passer toute la nuit, ce que nous refusâmes par devoir.
Une fois, c'est le directeur qui demande à Coillard de l’aider dans la préparation du Journal des Missions.
La Maison des Missions, à Passy
Coillard a aussi une activité extérieure, réunions, école du dimanche à Passy, prédications à donner:
4 avril i85y. — Je dois prêcher demain aux diaconesses, je suis très préoccupé.
6 avril. — J’y suis allé avec Mabille et Rau. J’ai eu un quart d’heure de tête-à-tête avec M. Martin-Paschoud, ce qui m’a fort mal préparé au culte.
Pour la première fois j’ai revêtu la robe. Je ne me suis pas trouvé trop gêné. J’ai parlé sur ces paroles : « Que servirait-il à l'homme?... » La première partie était assez bien, mais la deuxième !... confuse. Que le Seigneur, cependant, veuille bénir ce que j’ai dit! Quand le service a commencé il n’y avait pas beaucoup de monde, c’est ce qui m’a glacé. Que Dieu me pardonne d’être froid, en présence du salut éternel des âmes !
( Autobiographie .) — Nous sentions le besoin d’activité, d’une œuvre déterminée à laquelle nous puissions consacrer nos moments de loisir. Chacun cherchait pour soi. L’œuvre admirable de M. Mac Ail n’existait pas alors. J’avais remarqué, en face de notre maison, un monsieur invalide qui passait toutes ses journées dans son jardin. A en juger par l’apparence, il vivait dans l’aisance. Si seulement je pouvais avoir accès auprès de lui, pensai-je. J’en fis un sujet de prières. Puis un jour, prenant mon grand courage, j’allai frapper à sa porte et demandai à le voir. Je lui dis qui j’étais, un étudiant, vivant dans la maison vis-à-vis et se préparant à aller porter l’Evangile aux païens. Je lui dis que j’avais remarqué qu’il était invalide et que je me sentais poussé à le visiter, et j’offrais de lui faire des lectures, ce qu’il ne considérerait pas, je l’espérais, comme une indiscrétion de ma part. « Indiscrétion ! dit-il, non, Monsieur, c’est de l’amabilité et je vous en suis reconnaissant. » Il savait, ajouta-t-il, que la maison d’en face était une institution protestante, mais il en ignorait le caractère exact. Il me conta qu’il souffrait de la goutte et ne pouvait pas fréquenter les lieux de culte. Il m’apprit qu’il était parent d’une famille protestante, de grands industriels de mon pays, les P. Cela acheva de briser toute glace. Il accepta que j’allasse, de temps en temps, lui lire la Parole de Dieu, et, avec non moins d’empressement, l’offre que je lui fis de venir le chercher, le
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dimanche matin, pour assister à notre culte «à la Maison des Missions.
Cet incident nous ouvrit de nouveaux horizons. Il n’y avait pas de temple à Passy; pourquoi n’y en aurait-il pas? Cette question, qui nous préoccupait, préoccupait aussi certains pasteurs évangéliques. La loi, sous l’Empire, exigeait, pour constituer une église, un certain nombre de protestants (vingt et un je crois) : ce nombre ne se trouverait-il pas à Passy? La difficulté était de les découvrir. Munis de papiers officiels des pasteurs de Paris, nous nous partageâmes les quartiers de Passy et commençâmes méthodiquement nos visites à domicile. Nous découvrîmes ainsi, parmi les pauvres et parmi les riches, jusque dans la luxueuse maison de santé de ***, un grand nombre de coreligionnaires. Et, comme conséquence, un service régulier fut ouvert dans un local que prêta la famille Delessert qui prenait le plus grand intérêt à cette œuvre et â la Maison des Missions.
Il va sans dire que nos dimanches étaient bien employés, de même que nos récréations. Nous nous stimulions mutuellement au bien et au travail.
Dans ses récits, M. Gasalis parlait constamment de ses courses à cheval, de celles de M. Arbousset, devenues fameuses au Lessouto, et de celles des autres missionnaires. L’équitation nous paraissait donc un complément très naturel, de rigueur même, de notre préparation missionnaire. Les leçons de cette branche spéciale étaient hors de la portée de nos bourses. Nous résolûmes pourtant de faire un effort plus humble, que gravement nous considérions comme nécessaire. Il s’agissait de louer des chevaux et de faire notre apprentissage au bois de Boulogne. Ce serait, en même temps, un luxe de récréation que nous nous promettions de nous accorder de temps en temps, si l’essai était de nature à nous encourager.
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Nous communiquâmes notre plan à M. Casalis qui l’approuva en souriant. Mais nous eûmes beau insister, il déclina, toujours avec le même sourire un peu narquois, la pressante invitation que nous lui fîmes de nous accompagner. Nous partons donc en corps. C’est un bel après-midi. L’ami B. qui est chez lui à Paris, nous conduit à une remise. Le monsieur du bureau ouvre de grands yeux en voyant la bande. Il fait le lour de ses écuries et dit qu’il peut nous obliger. <t Sept chevaux ?» — « Oui. A combien ? »
— « Deux francs la course, c’est-à-dire deux francs l’heure. »
— « C’est fait. » Procédant méthodiquement, nous choisissons, par rang d’âge, chacun notre bidet. Mais vient maintenant le moment critique. Sortir les montures et les enfourcher sur le boulevard, c’eût été nous exposer à provoquer un « rassemblement » et à nous offrir en spectacle; nous ne savions pas comment nous y prendre. Nous préférons tenter l’opération en privé, dans les vastes écuries. Je ne sais pas comment je me trouvai sur le dos de ma bête, ni mes amis non plus. Nous étions tous en selle après un long délai et beaucoup de fous rires. Mais maintenant la question était de faire bouger nos montures et de sortir de l’écurie. Impossible ! Nous avons beau, suivant les conseils du garçon d’écurie, donner de l’éperon, c’est-à-dire du talon, rien ne bouge et nous avons toute chance de terminer là notre course. Heureusement que le garçon d’écurie est charitable. Enfourchant lui-même un cheval, il s’arme d’un fouet et cingle nos bêtes pour les chasser de force dans la rue. Entre temps, il y avait déjà un rassemblement de gamins aux portes de l’écurie, et, quand on nous vit sortir les uns après les autres, chassés par les claquements de fouet du garçon, ce fut une huée formidable que nous dûmes affronter. Clopin dopant, tous à la file indienne, nous nous dirigeons ou plutôt nous sommes chassés vers quelque allée