APPEL POUR LE LESSOUTO
Je me sens bouillir. Je me sens poussé à annoncer Ion Evangile. Envoie-moi!
Lundi 2 mars i85j. — Je ne sais pas du reste ce (pie je devrais désirer: je désirerais partir, je désirerais étudier...
Je suis comme accablé par mes préoccupations. Je ne sais pas encore décharger tous mes soucis sur l’Eternel; je ne sais pas encore ce que c’est que marcher par la foi ; je veux toujours marcher par la vue. Je ne sais pas me tenir en repos en attendant tranquillement la manifestation de la volonté de mon Dieu, comme si, par toutes mes préoccupations, je pouvais faire quelque chose !
Mercredi 4 mars. — Le Comité est maintenant réuni. Je suis bien combattu! Je n’ose m’arrêter à la pensée de mon départ! Je ne me sens capable de rien; je ne sais trop ce que je suis. O Dieu ! agis pour l’amour de ton nom!
Jeudi 5 mars. — J’ai reçu ma vocation.
Samedi 7 mars. — Je suis assez calme, grâce à Dieu. Je viens d’écrire à ma mère.
M. Daumas, qui allait repartir pour le Lessouto, demandait du renfort et, le 4 mars, M. Casalis proposa au Comité le départ de MM. Coillard et Germond : « Bien que Coillard n’ait pas fini sa théologie, disait-il, il a déjà étudié quatre ans aux frais de la Société. Ses études classiques ont été assez bonnes. Il lit le latin et le Nouveau Testament grec sans difficulté; il travaille à l’hébreu depuis quatre mois avec assiduité ; il a quelque habitude de la prédication; ses connaissances scripturaires sont saines et étendues. » Le Comité décida le départ de Coillard; celui de M. Germond fut ajourné afin qu’il pût terminer ses études. Coillard demanderait-il aussi l’ajournement? Il en fut tenté. « llavait espéré rester au moins un an ou deux de plus à Paris, dit un de ses camarades, pour compléter sa préparation et se reposer un peu de la vie décousue que les circonstances lui avaient fait mener jusqu’alors. Il désirait surtout se préparer à la prédication, pour laquelle il se sentait des aptitudes ; il recherchait les
occasions de prêcher, tant c’était pour lui une joie, alors que pour nous, ses camarades, c’était un exercice redouté. »
Renoncerait-il à compléter une préparation jusqu’alors si cahotée ? 11 écrit à M. Jeaumaire (G mars 1807) : « Dieu veut aujourd’hui m’apprendre à renoncer à des études qui me sont chères et auxquelles j’attachais peut-être trop d’importance. »
Les angoisses du mois de février l’avaient préparé, sa décision fut vite prise ; mais il u’accepta pas cette vocation joyeusement : « C’est alors, dit un de ses camarades, que nous commençâmes tà entendre ce mot de « sacrifice » qui a provoqué nos sourires et que les échos de l’Afrique nous rapportèrent encore assez longtemps avec les lettres de celui qui, sur ce point, se disait sacrifié. »
Oui, les camarades, comme de vrais camarades, avaient beau sourire, le sacrifice fut réel et douloureux ; quarante ans plus tard, en 1898, alors qu’il s’agissait de Jacques Liénard, qui, pour partir, devait sacrifier la fin de ses études, Coillard écrivait dans son journal : « Que je désire qu’un Français parte avec moi, c’est naturel, mais que ce soit au prix de ce sacrifice, jamais ! On l’a exigé de moi, et j’en ai souffert toute ma vie. Je voudrais épargner à d’autres cette douloureuse expérience. »
« Je n’offrirai point à Dieu des sacrifices qui ne me coûtent rien », tel était un des sujets qui devaient être traités à l’Union chrétienne de Paris en septembre 1807. Coillard 11e put assister à la réunion, car il était déjà parti; mais, de Londres, le Ier septembre, il envoie à ses amis de l’Union un message où l’allusion est évidente à ses études interrompues et à ses plans renversés :
« Je trouve que le sacrifice qui coûte le plus, c’est celui du moi, ou de sa volonté propre. 11 est facile de sacrifier sa vie tout entière à Dieu, c’est un sacrifice qui se fait en grand et qui ne nous attire que la sympathie des frères. Mais, dans les sacrifices, combien il est difficile de se sacrifier soi-même. Je ne sais si je me fais comprendre: mais, chers amis, je vous parle de mon expérience personnelle. Aujourd’hui, le Seigneur m’appelle certainement à un sacrifice bien coûteux; mais ce 11’est pas seulement le départ de