‹ François Coillard (volume 2)Chapitre 97 sur 138 · UN SACRIFICE QUI COUTE · texte numérisé non relu

UN SACRIFICE QUI COUTE

la France et les adieux déchirants que j’ai faits à ma famille qui me coûtent : c’est surtout la crucifixion de ce moi qui vient se glisser partout pour se faire honorer, cajoler ou simplement remarquer. Seigneur! fais donc que je puisse t’otfrir un sacrifice qui me coûte enfin et qui te soit agréable ! Sanctifie celui que tu m’appelles à t’offrir aujourd’hui, et que toi seul, Seigneur, tu en reçoives tout honneur et toute gloire !

« J’ai toujours remarqué que les sacrifices qui ne se font que dans l’ombre sont précisément ceux qui coûtent le plus. Étrange chose ! Parfois je sacrifie volontiers ma vie, et pourtant s’agit-il de voir un désir traversé, des plans renversés, cela me parait insupportable ! »

De plus, le sentiment de son indignité le trouble. 11 écrit à M. Jeanmaire, le 6 mars 1867 :

« J’espérais passer au moins deux ans à la Maison des Missions, trop heureux si, après ce stage auprès du cher M. Casalis, le Seigneur jugeait bon de m’appeler à son œuvre, et voici qu’après quelques mois de séjour ici, le Seigneur me dit: « Suis-moi! » Je dis le Seigneur, car je crois que c’est le Seigneur qui m’appelle. Cela me fait du bien, car je n’ai pas demandé à partir. Pourquoi a-t-on pensé à moi ? Je lisais hier la vocation de Jérémie ; je disais comme lui: « Hélas! Seigneur, je ne suis qu’un enfant qui ne sait pas parler ! » Aussi combien m’ont fait de bien ces paroles du Seigneur que j’ai prises pour moi-même: « Ne dis pas : Je ne suis qu’un enfant. Car tu iras partout ou je t’enverrai, et tu diras tout ce que je te commanderai. »

Les encouragements 11e lui manquèrent pas. Le 1 1 mars déjà, M. Dormov, instituteur à Foëcy, lui écrivait :

« Je ne peux faire autre chose, dans cette circonstance, que de

F. COILLARD

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joindre ma voix à toutes les voix qui vous pressent et de vous crier de Foëcy, non pour vous décider puisque vous l’êtes, mais pour vous encourager, s’il est possible, à suivre avec foi la route qui vous est ouverte. Prenez garde à une chose très importante : le Seigneur se rit de nos plans et suit les siens. Confondez les vôtres avec ceux-ci. Soyez docile, et tenez-vous en repos. La décision finale appartient au Maître. Combien de fois il est arrivé qu’une âme s’est élancée dans une voie et a suivi des appels qu’elle croyait être les siens ; et tout à coup, tout est changé ; le retour est d’autant plus pénible qu’on avait fait plus de chemin. Attends-le, atlends-le en repos ! Voilà un grand mot, cher ami, quoiqu’il soit court. Je suis persuadé, et vous aussi, j’espère, que la volonté divine étant que vous partiez au mois de juin, en attendant patiemment jusque-là, si réellement Dieu veut que vous suiviez le missionnaire Daumas, vous verrez vos craintes disparaître une à une, les obstacles du cœur s’abaisser, les montagnes s’adoucir, l’horizon devenir radieux, et votre chemin être parfaitement aplani.

« Dans les circonstances graves, lions sommes comme le marin dans la tempête, comme les disciples dans la barque, Jésus se réveille à temps, mais seulement à temps. Invoquez-le donc, cher ami, et ne consultez que sa voix. Puis, une fois la main à l’œuvre, allez courageusement en avant. Dussiez-vous périr au début, comme la plupart de ceux qui abordèrent à la Nouvelle-Zélande, je me réjouirais encore de vous avoir adressé d’ici une parole d’encouragement et mes sentiments d’approbation. Désormais vous appartenez à Christ, plus complètement encore qu’auparavant : c’était un peu la théorie jusqu’ici, voici la pratique. Oue cette pratique ait à détruire en vous le moins d’illusions possible. J’espère, cher ami, que vous savez, que vous sentez, que vous avez expérimenté tout cela; si je vous le dis, c’est pour vous y confirmer; et, en cela, je fais comme tous vos amis. »

Peu après (20 mars), le pasteur Filhol envoyait de Bruxelles à Coillard un message non moins positif :

« L’appel qui vous a été adressé par nos frères de Paris, vous montre si clairement votre chemin que je ne pense pas que vous ayez hésité longtemps. 11 est évident qu’au point de vue des connaissances humaines il vous manque une foule de choses non seulement utiles mais, à beaucoup d’égards, nécessaires. Mais ce

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