‹ François CoillardChapitre 100 sur 282 · ÉMOTIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

ÉMOTIONS DIVERSES

semaine avant les vacances, un petit garçon, un des esclaves du fils de la reine, qui suivait son jeune maître à l’école, se déclara pour le Sauveur. Quand il vint dans ma chambre pour me parler, je n’en pouvais pas croire mes oreilles. « Missionnaire, je viens avec de grandes nouvelles : j’ai trouvé Jésus ! » Il avait été sérieux et troublé dans son âme pendant toute une année; il avait même travaillé de ses mains pour se procurer les livres que d’autres recevaient de leurs maîtres, ou achetaient avec de jeunes bœufs. Quand je l’eus écoulé, qu’il eût prié avec moi, je courus vers ma femme et lui dis : « Grande nouvelle! Mpoutoutou vient de me parler, il dit qu’il a trouvé Jésus ! » Je vous laisse à penser la joie que ce fut dans notre petit cercle de famille. Pauvre Mpoutoutou ! Je ne sais pourquoi nous étions si surpris de sa conversion. Hélas ! c’est que, tout en priant avec ardeur, nous avions, après tout, bien peu de foi. »

3o septembre i8gi. — Les émotions de tous genres se succèdent ces jours-ci : l’église a soudain menacé ruine. Nous avions, à la vérité, remarqué depuis quelque temps qu’un des piliers intérieurs s’était sensiblement enfoncé. Mais, dimanche dernier, nous en remarquâmes trois, dont deux étaient presque à un pied au-dessous de leur niveau primitif. Le toit supérieur s’était afïaissé sur le toit latéral et des craquements assez forts nous donnèrent l’alarme. Dès lundi, nous nous mîmes à l’œuvre, nous soulevâmes le toit au moyen d’un cric, nous mîmes de nouveaux supports et, en sortant les piliers les uns après les autres, nous découvrîmes qu’ils étaient non seulement rongés, coupés au ras du parquet, mais encore tout évidés intérieurement avec des galeries où un homme aurait disparu. Comment le bâtiment n’est-il pas tombé? C’est à n’y rien comprendre.

La nuit dernière, pendant que nous faisions le culte du

F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

soir, les garçons jetèrent un cri d’alarme qui nous fît sortir en hâte : « Le champ de blé est brûlé 1 ! » Pour éviter l’incendie de la station nous avions, le jour précédent, mis le feu à la forêt, et le feu des broussailles se voyait encore au loin. Nous étions donc en sûreté puisque, autour de nous, tout n’était que cendres et charbon. Aussi quelle atterrante surprise d’entendre parler du champ de blé en feu !

Nous courûmes au lieu du sinistre : deux longues lignes de flammes faisaient un angle, au sommet duquel des flammes blanches et rouges s’élançaient furieusement; un épais nuage de fumée couvrait le tout, fumée si chargée de cendres qu’elle vous prenait à la gorge. L’espace entre ces lignes de flammes, enveloppé de fumée noire, c’était le champ de blé. Du moment que je vis les flammes, je pensai que c’était inutile d’aller plus loin. A quoi bon ?

Mais les garçons de Waddell nous avaient devancés et ils me crièrent que le champ était encore intact. Je ne pouvais le croire. Je courus à la maison, je revins avec toutes les filles et tous les seaux et mes jeunes gens travaillèrent courageusement et crurent s’être rendus maîtres du feu. Vers dix heures, ils revinrent en chantant. Nous étions reconnaissants, mais pas tout à fait rassurés.

Je me levai vers 2 heures. Le vent avait rallumé le feu; des jets de flammes, la fumée, les cendres donnaient à l’horizon et à la forêt brûlée un aspect sinistre. André et Nyondo accoururent et, une fois encore, luttèrent avec le feu et m’assurèrent que le blé était sauvé.

Quel ne fut pas noire étonnement, le lendemain, de constater que quelqu’un de malintentionné avait allumé les tas d’herbes sèches qui entouraient le champ de blé, et, chose

1. Coillard avait semé, au commencement de mai, du blé européen sur lequel il fondait beaucoup d’espoir.

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