‹ François CoillardChapitre 107 sur 282 · UN MOIS DE VEUVAGE · texte numérisé non relu

UN MOIS DE VEUVAGE

l’Évangile chez les Machoukouloumboués pour ouvrir la porte de cette tribu, la plus sauvage de ces parages, à aller n’importe où et à faire n’importe quoi.

« D’épaisses ténèbres couvrent mon sentier. Je ne suis plus jeune, et je ne suis plus très fort. Mais si mon Maître a encore un peu de travail pour moi, il le mesurera à mon âge et à mes forces : ou bien il mesurera mes forces au travail et il accomplira sa promesse en renouvelant ma jeunesse comme celle de l’aigle.

« J’ai voulu me forcer à recommencer l’école, je n’ai pas réussi, car la famine règne au pays et nous-mêmes ici, avec ma famille encore si nombreuse, nous vivons au jour le jour, achetant à des prix exorbitants les poignées de maïs ou de sorgho qu’on nous apporte dans les plus petites écuelles qu’on puisse trouver. Tout de même, je commencerai avec mes quelques garçons. »

L’année 1891 avait été terrible : démêlés avec Léwanika, insubordination des écoliers, déceptions journalières causées par les enfants de la maison, difficultés d’organisation de la mission, enfin mort de Mme Coillard.

« Il arrive souvent à un alpiniste1 d’avoir à franchir ce qu’on appelle un mauvais pas et à faire un saut très périlleux. Le vertige peut d’abord lui voiler le danger et lui donner le courage de la démence. Mais, une fois le pas franchi, il s’arrête tout ému, le péril se révèle alors dans toute son horreur et lui donne le frisson. Voilà ce qu’est pour moi l’année qui s’en va, et voilà ce que j’éprouve en jetant sur elle un regard rétrospectif. Est-ce vraiment possible que j’aie pu passer par là ? Le bon Dieu qui connaît

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