‹ François CoillardChapitre 116 sur 282 · LA PETITE VÉROLE · texte numérisé non relu

LA PETITE VÉROLE

vague pressentiment de son prochain départ. Un rayon du ciel était déjà sur elle.

« Ici, une expédition que Léwanika avait envoyée contre les Baloubalés est revenue avec un immense butin de chair humaine, des centaines de femmes et d’enfants... et la petite vérole. Il paraît qu’en route un grand nombre de ces malheureux prisonniers et des Barotsis en sont morts. J’avais espéré que -l’hiver arrêterait les progrès de la maladie. Pas du tout. Elle sévit sans se ralentir.

cc Tous ces guerriers avec leurs esclaves se sont dispersés dans leurs villages, et maintenant, partout, nous n’entendons parler que de maladie et de mort. Et nous n’avons ni vaccin, ni aucun moyen pour arrêter ce terrible fléau ! Du reste les pauvres Barotsis ne s’y prêteraient pas, ils ont le cœur dur. En maints endroits, ils ne se donnent pas même la peine d’enterrer leurs morts, ils trouvent plus commode de les jeter à la voirie, dans la rivière ou même dans le canal de Léalouyi. Quelques jeunes gens de notre école, qui avaient été entraînés dans cette malheureuse expédition, ont succombé eux aussi.

cc Puisse cette épouvantable calamité amener nos pauvres Barotsis à tourner leurs pensées vers les choses de Dieu ! Puissent ceux à qui nous prêchons constamment l’Évangile devenir sérieux ! Hélas ! Je disais à un chef qui me visitait l’autre jour — un des meilleurs hommes que je connaisse ici — que toutes ces morts qu’il me contait étaient très tristes, cc Tristes? » fit-il, et il partit d’un éclat de rire. Ah! ils ont le cœur dur, nos paroissiens à nous, nous le sentons toujours plus. Et il faut bien, pour ne pas perdre courage, se souvenir que, de pierres même, Dieu peut faire naître des enfants à Abraham.

cc Toute notre école est dispersée et nous n’essayerons pas de rassembler nos élèves avant que l’épidémie ait

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diminué. Notre maison est toujours pleine de garçons et, jusqu’à présent, Dieu a veillé sur nous. »

Coillard s’occupe activement de vacciner.

10 août i8g2 . — Maintenant que les intérêts de l’œuvre et la gloire de Dieu sont en jeu, le Seigneur nous aidera et nous fera réussir.

En septembre 1892, M. Louis Jalla venant de Kazoungoula et M. et Mme Adolphe Jalla d’Europe, arrivaient à Séfoula pour la Conférence des missionnaires : la fondation de la station de Léalouyi fut approuvée. Coillard devait s’y établir avec un évangéliste, Jacob Mochabécha et sa femme, récemment arrivés du Lessouto. M. et Mrae Adolphe Jalla s’établiraient à Séfoula avec MUe Kiener, Waddell et Paul; M. et Mme Goy restaient à Séchéké et M. et Mrae Louis Jalla à Kazoungoula.

« Le roi Léwanika, dit le rapport de la Conférence1, après avoir subi pendant plus de deux années la funeste influence de fâcheux conseillers, a enfin rompu avec eux et tend à se rapprocher de nous, si ce n’est de l’Evangile : mais, comme il le disait luimême il y a peu de jours, il n’est pas encore revenu au point qu’il avait atteint en 1889. Il y a même eu, pendant un temps, dans la tribu, une véritable recrudescence de paganisme due à cette inimitié du roi. »

« Mes frères vous auront dit que je suis mieux, écrit Coillard2. Fort et vaillant, comme on dit chez vous, je ne le serai plus jamais. Mais Dieu, dans sa bonté, me donnera la mesure de grâce qu’il me faut pour achever, avec joie, ma carrière et ce ministère qui m’a été confié.

cc M. Louis Jalla va partir demain pour son voyage de retour. Sa visite, comme l’arrivée de M. et Mme Adolphe

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