TRISTESSES
Eu partant pour Séfoula, Coillard rencontra André revenant de Mangouato avec ses porteurs.
J’eus une émotion bien vive, je la contins pourtant. Nous échangeâmes une salutation et je passai outre. Lui avait l’air jmu et gêné.
Le mercredi 4 janvier i8g3, après son retour à Léalouyi, Coillard eut la visite d’André :
J’étais dans ma chambre à coucher. J’entends qu’on frappe, je ne vois personne et à ma question : « Qui est là?» une voix me répond de derrière le mur : c( C’est moi. » C’était lui. 11 entra, mais si confus, si honteux, si gêné, que, sans me regarder, sans me saluer, il me tendit une lettre en se cachant la figure de son bras. Il me faisait pitié; il n’avait pas de chemise, il n’avait que la doublure blanche en lambeaux d’un de mes vieux gilets et une vieille jaquette à moi. Ma conversation avec lui, comme son maintien, me convainquirent bien vite qu’il y avait maintenant un abîme entre nous. Et pourtant!... Les promesses de Dieu sont là, oui et amen en Jésus-Christ.
« Nous traversons une triste période h J’ai peu de sujets de joie et ce n’est qu’à genoux que je surnage au milieu de toutes les vagues. Je rends grâce à Dieu de ce que je n’ai, jamais douté ni de la puissance de l’Evangile, ni de son triomphe final, ni de la mission que Dieu m’a donnée. Mais j’ai douté de moi-même, non pas de ma vocation, mais bien de la manière dont je la remplis. Ce qui m’étonne, c’est que le Maître daigne encore m’employer à son service.
i. Lettre à M. E. Lacheret, Léalouyi, 4 janvier 1893.
278 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
(( Nous sommes très occupés à construire. J’ai des huttes qui valent un peu mieux que les tentes, mais les termites en mangent tellement les toits que nous serons reconnaissants s’ils durent une saison. Nous bâtissons maintenant une petite chaumière d’une seule chambre pour moi; puis nous commencerons l’église, un grand travail qui ne m’effraie pas peu. )>
i3 janvier i8q3 . — Nous aurons bientôt ici toutes les plaies d’Egypte. Maintenant, avec le séouroui qui a pris possession de mon petit pack-honse, voire même des sacs et de toute la nourriture, ce sont les grenouilles. Des grenouilles, il y en a partout ! Quand j’ai abattu mes tentes mardi dernier, j’en ai trouvé entassées par centaines. Ça grouillait. Et dans les chambres, c’est-à-dire dans les huttes, il en est de même. C’est si drôle, quand on est tranquillement assis à table, d’entendre coasser au plafond et puis, tout à coup, de sentir quelque chose vous tomber sur la tête, sautiller de là dans le plat de nourriture, du plat dans la tasse de café ! Elles ne respectent pas plus le sommeil des honnêtes gens.
Jeudi iq janvier. — Hier soir, je parlai sérieusement au roi sur le mariage de Litia et sur l’apostasie de tous ces jeunes gens qui l’entourent et d’André en particulier. Il en parut affecté : cc Oui, dit-il, c’est triste, nous sommes des gens méprisables, mais que faire? Moi, je suis mêlé à toutes ces affaires-là, je l’avoue. Mais je ne puis commander à quelqu’un et lui dire : « Toi, sois croyant! » et s’il est vraiment croyant, aurais-je le pouvoir de lui commander d’abandonner la foi ? » Nous causâmes longtemps. J’étais profondément triste et il m’écoutait avec une apparente sympathie, quand, répondant à certaines remarques qu’il fit pour éviter la question de la conversion, je lui dis que l’Évangile était bien pour lui aussi. Quand je pnrlis, il m’ac-