APOSTASIES
compagna un bout de chemin, détendant à tous ceux qui étaient là de le suivre et, en me serrant la main, il me dit comme un homme sincère : « Ne t’afflige pas trop, mon père, ils reviendront, tes enfants, et puis, il y en aura d’autres qui seront les vrais croyants que tu veux. »
Vendredi 20 janvier i8g3. — Nous nous demandions pourquoi André n’était pas à notre réunion de prière avanthier. Il prenait femme 1 Le malheureux ! Voilà donc ce que je redoutais ! Qui nous reste maintenant ?
Mardi 2 4 janvier , 1 heure du matin. — Impossible de dormir. Je suis en agonie. Mes jeunes gens, Likoukéla, mes élèves, Litia, Mokamba, André, le roi, je ne puis pas penser à autre chose. J’ai une vive douleur au cœur. Pas un de mes élèves de l’an passé ne met les pieds ici. Voilà donc ce que j’ai récolté de ces années où j’ai donné toutes mes forces, la meilleure partie de mon temps et de moi-mème, à cette école qui m’était si chère et sur laquelle je fondais tant d’espérances! J’ai donc travaillé en vain et usé mes forces pour rien! Mais non! Malgré toute l’amertume de mes désappointements, Dieu est fidèle, il demeure, il me reste.
Le lendemain Coillard écrivait \ se répondant à lui-même :
« Allons-nous douter de la mission que Dieu nous a confiée? Douterons-nous que l’Evangile soit encore, et ' pour les Zambéziens comme pour tous les peuples de la terre, la puissance de Dieu? Arrière de nous cette pensée! Malgré tous nos désastres, j’ai, pour ma part, la conviction profonde que nous avons déjà planté le coin de l’Evangile dans le système social de celte nation, et j’ai mes raisons pour le
1. Au Comité, 25 janvier 1893, impr. dans J. M. E., 1893, p. 266-268 ; — Sur le Haut-Zambèze , p. 45i-452.
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croire. A d’autres de l’enfoncer hardiment et à coups redoublés. Et ce paganisme si puissant, si compact, si formida^ ble qu’il paraisse, cédera, éclatera, comme il l’a fait en tous temps et en tous pays. Il y a déjà plus d’une fissure qui nous le dit. Ne perdons pas courage, amis de notre œuvre! L’enfant prodigue peut aller loin, et tomber bien bas; mais son retour à la maison paternelle est encore possible. Ces expériences dures et humiliantes, quelles qu’elles soient, ne nous sont pas particulières. Notre Maître les a faites, saint Paul les a connues, ainsi que tous les braves que Dieu a envoyés comme pionniers dans tous les siècles. Seulement, quand nous admirons un arbre chargé de fruits mûrs et succulents, nous oublions combien de fleurs ont péri.
« J’ai lu la vie de Mackay, l’admirable héros de l’Ouganda. Nos expériences pâlissent à côté de celles de semblables hommes. Nous n’avons pas encore été jugés dignes de la couronne du martyre. Néanmoins nous avons souffert. L’existence même de notre mission n’a tenu qu’à un fil, mais ce fil était dans la main de Dieu.
«Courage, donc, chers amis! Les revers les plus humiliants précèdent souvent de glorieux succès. La bataille peut nous paraître au-dessus de nos forces; gardons-nous cependant de poser les armes. La victoire, pour être retardée, n’en est pas moins certaine. Ne la connaissons-nous pas la voix qui domine le tumulte du combat et nous crie : « Prenez courage! j’ai vaincu le monde? y>
« Fortifions donc nos mains tremblantes, affermissons nos genoux chancelants! Soyons hommes! (1 Cor. xvi, i3.) Si le sol cède sous nos pieds comme le sable mouvant, cramponnons-nous aux promesses immuables de Dieu. Que notre foi, grandissant avec les difficultés, s’élève, plane toujours plus haut dans les cieux, bien au-dessus de nos désappointements les plus cuisants, de nos douleurs les plus