UNE PROTESTATION
amères, et le Seigneur, même dans cette forteresse de Satan, nous montrera encore sa gloire. Voilà ce que je me dis à moi-même. )>
A la suite de révélations sur la conduite d’André à Séfoula, Coillard avait eu, avec lui (3 février), un entretien très particulièrement pénible.
Tout ce qui avait transpiré depuis mon entrevue avec mon pauvre André me fit un devoir de faire une protestation publique. J’en fis tout le samedi (4 février) et toute la nuit un sujet de prière, et mon Dieu me fortifia.
Le lendemain, dimanche, au culte de l’après-midi, le roi vint avec sa suite; je pris pour sujet le figuier stérile (Luc xiii, 6), et je fis une revue de l’œuvre depuis mon arrivée au pays : l’école, les conversions, etc. Je parlai des larmes de Mokamba, du mariage de Litia et du cas qu’il en a fait, de la conversion de Ngouana-Ngombé. Je lus le fameux discours que celui-ci a fait, je parlai de son baptême, et je demandai où il en était maintenant. Je déclarai franchement que l’Eglise rejetait de son sein les gens corrompus qui vivaient sciemment dans le péché, et qu’il n’était plus des nôtres. Cela produisit un effet de terreur. Je ne cédai pas à mon émotion; mais, pour être contenue, elle n’en était que plus violente et les paroles mesurées dont je me servis n’en avaient que plus de force. Lui était là, devant moi ; il se tordait d’abord comme un ver, puis il composa son maintien et baissa la tête. Depuis lors, il ne vient plus me saluer et n’assiste qu’au culte du dimanche matin. Je devine sa présence à ses bruyants éclats de rire et à ses fanfaronnades.
3 mars i8g3. — Je suis, comme l’an passé, tombé dans un état de faiblesse excessive. Je n’ai aucun appétit et je chancelle sur mes jambes. Mais, avec les travaux qui se poursui-
F. COILLARD
veut sur la station, je ne puis pas rester couché tout le jour! O11 finit de plâtrer ma maison en dedans. On continue à creuser les fondations de l’église que je remplirai de sable pour arrêter un peu les dévastations des termites. On nivelle encore et on sable la place. Tous ces travaux occupent chaque jour trente à quarante femmes, filles et garçons. Une bande de jeunes gens ont fait un fossé tout autour du monticule. Ils en ont fait un grand rectangle qui, une fois bien terminé, nous donnera de l’espace et rendra cet endroit habitable. Ils sont maintenant occupés à la chaussée qui, plus tard, doit nous conduire au village à pied sec; ils avancent.
Le vieux Narouboutou qui est venu ce matin avec Ngambéla et qui est resté longtemps à tout inspecter, comme un vieil entendu, ne pouvait pas contenir sa surprise. Il disait que ce n’était plus du tout Loatilé, le Loatilé qu’il avait connu couvert de broussailles, lieu hanté par toutes sortes d’insectes, de reptiles et de mauvais esprits, lieu exécré et redouté de tout le monde. Au moins cela dit que Dieu a béni nos travaux. Il l’a fait en vérité, et à lui soit toute la gloire! Waddell n’a pas eu un jour de mauvaise santé ici, n’est-ce pas admirable ?
8 mars i8g3. — J’ai été très occupé à prendre possession de ma nouvelle maison et à transformer mes deux huttes : l’une en salle à manger et l’autre en cabinet d’étude; j’ai déballé les livres que j’ai apportés et monté mon lit, mes étagères, etc.
Voilà donc la première chambrette que je vais occuper sans toi en Afrique, ma bien-aimée ! Elle est bien grande et bien vide ! Et que serait-ce si elle n’était remplie de ces mille et un petits souvenirs ! A mesure que le soir approchait, je me sentais étreint d’une tristesse profonde. Après dîner, j’appelai Waddell et nous eûmes une petite réunion de prière,