‹ François CoillardChapitre 123 sur 282 · TRAVAUX SUR LA STATION · texte numérisé non relu

TRAVAUX SUR LA STATION

à nous deux, dans cetle maisonnette qu’il a mis tant d’affection et de soins à me bâtir. Quand il fut parti, je me promenai de long en large dans ma chambre, dans le tout petit espace vide, épanchant mon cœur devant Dieu.

O Seigneur, fais de cette chambrelte un Tabor, un Béthanie! Remplis-la, toi ! toi seul. Sanctifie ma vie extérieure et ma vie intime. Fais-moi profiter des leçons que tu me donnes à la rude école où tu me fais faire un si long stage et prends-moi bientôt à toi dans tes demeures éternelles ! Mais auparavant, ô mon Maître, montre-moi ta gloire ! Que je ne quitte pas le champ de bataille avant de voir le commencement de la victoire !

Malgré les efforts de Coillard pour rester, à fégard du roi, en dehors de toute question d’argent ou d’intérêt, celui-ci se forgea des griefs; l’hostilité grandit contre les missionnaires et bientôt, à Séfoula et à Léalouyi, ils furent mis à l’interdit : il était défendu de leur apporter des provisions; la famine et l’expulsion menaçaient.

Le 9 mars, une entrevue fort orageuse eut lieu avec Léwanika ; il invectiva Coillard, M. Adolphe Jalla et les missionnaires méthodistes1 ; les deux évangélistes, troublés, n’osèrent tenir le parti de leurs missionnaires; Coillard en fut profondément attristé.

(( J’avais besoin d’être remis encore à l’école de la souffrance 2 ; il me fallait voir de mes yeux que, sous les scories volumineuses, je n’avais qu’un tout petit grain de vraie foi. Ce n’est que dans le creuset que se fait cette expérience douloureuse, mais bénie. Ce qui m’est allé droit au cœur, c’est l’effondrement de toutes nos joies et de toutes nos espérances : voir chaque jour, de mes yeux, ces jeunes gens

i. Ceux-ci attendaient que Léwanika les autorisât à établir une mission chez les Machoukouloumboués.

t 2. A Mlle Hélène Barde, Léalouyi, 2\ mars i8g3.

F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

devenus plus païens que les païens, devenus nos ennemis, eux qui étaient nos enfants, que nous aimions, en qui nous avions tant de confiance et que nous croyions devoir toujours être pour nous une couronne de joie, non, c’est trop douloureux, même pour en parler. Satan triomphe, et parfois il me semble l’entendre rire et se moquer de moi. Notre ciel est redevenu aussi noir que jamais, la situation n’a jamais été plus critique. Léwanika lui-même subit toutes les plus mauvaises influences possibles et quand, dans ses dispositions, nous croyons voir un peu de bon, nous ne pouvons pas y compter deux jours de suite. 11 nous faut, pour ne pas perdre courage et pour ne pas nous enfuir de cette terre maudite, regarder plus haut et nous cramponner aux immuables promesses de Dieu.

« Mon ménage va clopin-clopant avec mes trois garçons qui ne peuvent pas apprendre les rudiments de l’ordre et de la propreté. Et encore 11e puis-je compter sur aucun d’eux. Ils peuvent me quitter d’un jour à l’autre, car ils ont leurs maîtres. Il ne faut donc jamais oublier mes gants, car les Zambéziens sont d’une susceptibilité qui, une fois offensée, ne se guérit pas facilement. C’est ainsi que je m’accroche cent fois le jour à de méchantes épines qui me déchirent et me font souffrir. Que serait-ce si les amies de Séfoula, Mme Jalla et Mlle Kiener, ne me rendaient pas tous les services qu’elles peuvent? ))

Coillard s’était rendu le jeudi saint (3o mars) à Séfoula; le samedi 8 avril, il y tomba gravement malade.

Je me sentais moi-même si malade que, d’une main tremblante, je saisis sur ma table un crayon et une feuille de papier buvard, à défaut d’autre, et traçai brièvement mes dernières directions et volontés. Waddell fut rappelé de

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