GRAVE MALADIE
Léalouyi et, pendant une dizaine de jours, je fus au bord du tombeau. La consternation de mes amis était grande. Une fois Mme Jalla s’agenouilla près de mon lit et, pleurant à chaudes larmes, elle me suppliait de joindre mes prières aux leurs pour obtenir de Dieu ma guérison. Elle croyait que mon grand désir de déloger était un obstacle à l’exaucement de leurs prières. Qu’il me semblait facile de franchir le pas et de passer dans la terre promise! Mais là n’était pas ma préoccupation. Je ne désirais vraiment qu’une chose : glorifier Dieu, soit par ma mort, soit par ma vie, voilà tout! Je souffrais d’entendre mes amis faire des supplications pour mon retour à la vie. « De grâce, leur disais-je, ne m’arrêtez pas. Laissez la chose au Seigneur, demandezlui, pour moi, la grâce de savoir endurer la souffrance. »
Mais Dieu les entendit. Il y eut une crise favorable et peu à peu je suis revenu à la vie.
J’ai pu, le premier dimanche de ma convalescence, présider notre petit culte anglais. La veille, Adolphe Jalla, à la réunion de prière, avait parlé de la paix. Mon esprit saisit ce sujet et s’en pénétra. Le soir, pendant un de mes courts sommes, je rêvai: je me trouvais avec Jalla devant un immense auditoire, dans une vaste salle, montrant la lanterne magique. L’excitation grandissait à mesure que les vues et les scènes se succédaient sur l’écran. « Maintenant, dis-je à mon jeune frère, exhibons la paix! » Longtemps nous cherchâmes parmi les verres ; impossible de trouver celui de la paix. A la fin, je mis la main dessus ; il était brisé. Quel chagrin! «Mais, repris-je, j’en ai un autre, je le sais.» J’en trouvai un, puis un autre, tous les deux en parfait état. Transporté de joie, j’en glissai un dans la lanterne. En un clin d’œil, les conversations s’arrêtèrent, un profond silence se fit; puis un léger murmure, sortant à la fois de toutes les bouches et grossissant peu à peu comme une vague, fit très-
saillir mon âme : « La paix ! La paix ! » Je me réveillai, mais il me semblait encore l’entendre au fond de mon âme cette douce voix, comme une brise du ciel qui murmurait toujours : La paix ! La paix ! Il me semblait que l’atmosphère de ma chambre était toute imprégnée de celte paix, et je bus à longs traits à cette coupe de mon Sauveur.
En revenant à la vie, j’éprouvai quelque chose comme un désappointement. J’étais si près! Je croyais si bien en avoir fini avec toutes les luttes, toutes les misères, tout le péché! J’allais poser mon pied sur le seuil du palais de gloire et de l’éternité, quand la porte s’est refermée une fois encore et, une fois de plus, je me suis retrouvé dans la sombre vallée et sur le champ de bataille. O mon Dieu! pourquoi? J’ai éprouvé une tristesse profonde. Et puis, Dieu m’a donné sa grâce, et je me suis dit que, s’il me ramenait à la vie, c’était sans doute qu’il voulait exaucer ma prière — la prière de ma vie depuis que je suis au Zambèze — et me faire voir sa gloire : la conversion de Léwanika et le retour de mon enfant prodigue.
Après un mois de séjour à Séfoula, Goillard put revenir à Léalouyi (2 mai). M. et Mme Jalla raccompagnèrent et y passèrent une quinzaine de jours avec lui.
cl Les amis Adolphe Jalla retournent demain matin à Séfoula, écrit Goillard le i5 mai r. Quelle bonté de Dieu (jue ce soit à Séfoula que j’aie été malade. Ici, à la merci de mes garçons, dont le principal m’est d’un piètre secours en temps de santé, j’aurais nécessairement succombé, faute de soins. Ma petite chaumière d’une seule chambre est confortable et c’est tout ce qu’il me faut, aussi longtemps