Lettre à Alfred Boegner, Léalouyi, 19 juin
2. L'évangéliste Paul, après être retourné quelque temps à Séfoula auprès des Adolphe Jalla, était revenu à Léalouyi.
F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
Cependant il y aura toujours beaucoup à faire à l’école et la présence d’un collègue est d’une nécessité urgente.
cc J’ai commencé l’évangélisation à domicile avec les évangélistes. Chaque fois que je puis m’échapper et visiter quelques huttes, j’ai le sentiment d’avoir fait du bien, parce que moi-même j’en ai reçu. Les Zambéziens paraissent sous un meilleur jour chez eux qu’en dehors de chez eux. Les évangélistes commencent à le comprendre, eux aussi, et cela me donne de l’espoir.
cc Ma maladie a paru faire de l’impression sur Léwanika. Vous savez comme il était devenu tracassier avec M. Adolphe Jalla, plus encore qu’avec moi peut-être. Depuis mon retour, nous avons eu de meilleurs rapports et j’ai pu obtenir de lui qu’il laisse enfin nos frères méthodistes partir pour le Boshoukouloumboué. Ils vont se mettre en route bientôt, avec un petit chef pour les conduire. Jugez si c’est une joie pour moi. Je les aurais accompagnés, comme j’y comptais autrefois, mais c’est impossible à cause de mes travaux. Je les visilerai un peu plus tard si Dieu me prête vie. »
Coillard continue à passer par des alternatives d’espoir et de tristesse à l’égard du roi toujours prisonnier des chefs et de son peuple :
Pauvre cerveau de cire molle, triste girouette ! Comment en finira-t-il avec toute cette clique de conseillers?
Léalouyi ’, 2 4 juin i8g3. — Léwanika est venu me voir avant-hier, c’est une des meilleures visites qu’il m’ait faites. S’il 11’était pas un Morotsi, je le croirais très près du royaume des cieux. Je lui ai lu la conversion de l’euiiuque et nous avons beaucoup causé. 11 me disait que c’était trop tard pour lui pour se convertir, qu’il a grandi dans toute sorte de mal et que le paganisme est devenu une seconde nature. « Et
LOATILÉ PENDANT L’INONDATION ET LA CHAUSSÉE QUI RELIE LA STATION A LA CAPITALE (1894
LÉVVANIKA HÉSITE 289
puis, ajoutait-il, même si je me convertissais, que ferais-je sans femme chrétienne? »
Deux jours après, Coillard trouva le roi causant de conversion avec Waddell et s’informant de ce qu’il doit faire pour être chrétien et Coillard s’écrie :
Se pourrait-il que nos prières fussent déjà exaucées?
25 juillet. — Visite au roi. Il me semble qu’il n’est pas loin du royaume des cieux, mais je n’ose pas trop y croire. O incrédulité! Je prie et j’ai de la peine à croire à la possibilité du miracle que je demande et que j’attends.
Le 6 juin, la construction de l’église avait commencé :
C’est un vaste bâtiment : 60 sur 33 pieds. Plein d’auditeurs, quel spectacle !
« La chaussée1 avance lentement. J’y ai une quinzaine d’ouvriers avec de mauvais outils, mais sous la direction d’un de mes jeunes gens, ils travaillent avec bonne volonté. C’est un grand travail. Cela a stimulé le roi qui prend intérêt à ce qui se fait ici et il a mis tous ses serviteurs à commencer la chaussée à partir de la place publique. Nous devons nous rencontrer au canal, à mi-chemin, et un petit pont de bois unira sa chaussée à la mienne; ainsi les gens n’auront plus d’excuse pour ne pas venir à l’église et aux réunions.
« Léwanika vient de chasser trois de ses femmes. L’une d’elles s’était mal conduite avec l’intendant de sa maison. Tous les chefs voulaient faire du zèle et demandaient à
i. Lettre à Alfred Boecjaer, Léalouyi, 27 juillet 1893.
F. COILLARD AU ZAMBKZE
2 (JO F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
grands cris qu’on leur livrât les deux coupables pour qu’ils les missent à mort. Je crus avoir réussi à leur sauver la vie, je demandais qu’on les punît seulement. Mais les femmes s’en mêlèrent, la mère du roi, sa première femme, sa sœur Katoka qui hurlait publiquement des lamentations de ce que le roi refusait de sévir ; Mokouaé de Nalolo, elle, envoya son mari et tous ses ministres pour juger le cas. Ceux-ci, un dimanche que le roi était venu au culte, s’entendirent avec les chefs d’ici : de nuit, ils mirent des gens en embuscade autour de la cuisine du roi où celui-ci, par précaution, avait fait réfugier le coupable et le gardait à vue. Le malheureux jeune homme qui, grêcié par le roi, se croyait sauvé, sortit; on fondit sur lui, on le massacra et on jeta son corps à la voirie. Le surlendemain, Léwanika vint me raconter l’affaire et protester de son innocence.
« Voilà comment s’administre la justice ici et à quel point on respecte l’autorité royale. Les chefs de Nalolo étaient furieux contre moi. Le Ngambéla de Mokouaé me disait : « C’est vous qui nous troublez, en vous opposant à ce que nous nous tuions, quand il le faut, selon la coutume de nos pères. » Mais c’est parce qu’il s’agissait du harem royal, et que le coupable avait le malheur de ne pas avoir une goutte de sang bleu dans les veines; autrement, l’adultère est un badinage auquel on ne fait pas attention.
cc Adolphe Jalla nous a fait une bonne prédication sur ce sujet : « Que celui qui est sans péché jette la première pierre contre elle. )> (Jean vm, 7.) Le roi qui était présent l’a bien comprise et il l’a citée souvent depuis. Malheureusement, ceux auxquels elle s’adressait étaient absents, ils complotaient, à ce moment même, pour exécuter les volontés de la reine. Pauvre Léwanika ! il n’est pas en son pouvoir de protéger qui que ce soit contre les Barotsis dont le nom seul ici est un épouvantail. C’est miracle que, même aux temps les