A M. F. de Rougemont, Léalouyi, i5 mars
BONS RAPPORTS AVEC LEWANIKA 2q3
plus radicale que celle-là que nous attendons chez toi, pas une transformation d’habit, mais de cœur.
— Je ne sais pas, fit-il.
Une autre fois (17 octobre), Léwanika vint dîner chez Coillard au hasard du pot.
Nous dînâmes de soupe et de pommes de terre conservées. Mais il ne venait pas pour la nourriture, car il mangea modérément. « Pourquoi fais-tu des excuses, mon père, me disait-il. Je ne suis pas un étranger chez toi. » L’autre jour déjà, en s’asseyant à table, devant une tasse de thé, il avait dit : ce Qu’il fait bon ici! )>
Je lui fis deux remarques qu’il prit bien. La première sur ce qu’il n’avait pas mis de jaquette.
— Vois-tu, lui dis-je, nous sommes seuls, passe encore. Mais ça ne se fait pas, ce n’est pas poli.
— Ah ! me dit-il, c’est que je n’en ai qu’une et j’ai peur qu’elle ne se gâte trop vite.
Comme, en mangeant, il faisait, avec sa langue, autant de bruit qu’un petit cochon : « Nous sommes seuls, lui dis-je à demi-voix, cela n’a pas d’importance; mais les gens bien élevés évitent de faire ce bruit-là. On ne les entend pas plus manger que s’ils ne mangeaient pas.
— Vrai ?
— Bien vrai.
— Eh bien merci, merci, mon père.
Et il commença d’emblée son apprentissage.
Après la prière, nous chantâmes un cantique et nous eûmes ensuite une conversation très sérieuse jusqu’à 9 heures.
Dimanche 2g octobre i8g3. — Deux ans déjà! Deux longues années qu’elle repose dans la tombe, non pas elle, car elle n’est pas là. Qu’elle est dure cette séparation qui se
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prolonge! Je me dis que chaque jour est un chaînon qui se brise de la chaîne qui me retient encore ici-bas. Quand le dernier de tous sera brisé, je prendrai mon vol, moi aussi, vers elle et, avec elle, vers Celui que nous avons aimé et servi.
5 novembre. — En sortant du culte du soir, le roi est venu chez moi et est resté avec moi jusqu’après 9 heures. Nous avons causé. Il était choqué d’entendre les hommes ricaner dehors.
— Rien de sérieux, dit-il. C’est ainsi qu’ils étouffent les choses de Dieu.
— Et de toi, qu’en est-il?
— De moi? Rien. Je ne puis rien dire de moi. Je ne sais pas ce que Dieu fera de moi. Les autres peuvent encore se convertir.
— Dieu veut que, toi aussi, tu te convertisses. Seulement tu espères peut-être que, parce que tu es le roi, Dieu t’ouvrira une autre porte?
— Non, ce n’est pas cela. Mais je suis lié, pieds et mains, par les Barotsis. Ces femmes ne sont pas miennes, elles me sont imposées par la nation. Elles font partie du pouvoir qu’ils m’ont donné. Quand ces a (faire s ont eu lieu dans mon harem x, j’ai voulu saisir l’occasion pour les chasser toutes et me délivrer. Les chefs s’y sont opposés et ont failli se révolter. Si seulement j’avais quelqu’un qui me secondât et me suivit! Mais je suis seul.
— La grande affaire, c’est que tu sentes ta misère, tout roi que tu es. Le reste viendra de soi.
— Ah ! mon père, tu ne sais pas ! Quand tu prêches, tu tournes nos cœurs à l’envers, et nous nous disons : Comment sait-il tout cela ? C’est de moi qu’il parle ! Et aujour-