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VISITE DE LÉWÀNIKA

d’hui quand tu parlais des secrets, certainement personne n’aurait voulu que tous ses secrets et toutes ses pensées fussent mis à découvert !

— As-tu jamais lu le psaume cxxxix?

— Non.

— Donne-moi ta Bible que je te le marque.

— C’est Nalichoua qui l’a emportée.

Je demandai, de la porte, aux gens attroupés, où était Nalichoua. Il était parti.

— Appelez-le, cria le roi, qu’il apporte ma Bible.

Il revint un quart d’heure après. Je cherchai le psaume et j’y fis une marque au crayon.

— Fais une grosse marque et mets un morceau de papier.

Il était nuit. Nous nous mimes à table. Je fis faire du feu dehors pour ses gens. « C’est bien bon de ta part, me dit-il. Il faut que je trouve un moyen pour venir tout seul passer la soirée ici avec toi. C’est si bon d’être ici, ajouta-t-il. Je n’y suis plus un étranger. Je suis chez moi. »

Le souper fini, je lui fis lire le psaume cxxxix et je priai avec lui. Il partit avec une lanterne. Tous ses gens avaient l’air heureux et vinrent me saluer avec un empressement inaccoutumé.

Au commencement de novembre 1893, Coillard succombait sous le poids des travaux matériels, temple, chaussée, etc..., sa santé était ébranlée, il était vraiment malade. Ses voisins de Scfoula, avec lesquels il échangeait de fréquentes visites, cherchaient par tous les moyens, par toutes les prévenances possibles, à lui alléger la tâche.

Une de ses constantes préoccupations était le renfort si nécessaire et qu’on 11e lui envoyait pas. A plusieurs reprises, il l’avait espéré et il avait été douloureusement déçu. Les églises de France renonceraient-elles à cette œuvre?

296 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

c( Soyez sûr, écrit-il à Alfred Boegner1, qu’avant peu d’années, d’autres feront ici ce que nous ne faisons pas, et nous disputeront le champ que nous défrichons avec tant de sueurs et de larmes. C’est maintenant ou jamais qu’il nous faudrait, avec une virile énergie, mettre résolument l’épaule à la roue et faire des efforts — j’allais dire désespérés non pas seulement pour nous maintenir mais pour nous développer. Maintenant nous sommes encore seuls au pays, nous avons, sur les chefs et sur Léwanika lui-même, une certaine influence, maintenant des portes nous sont ouvertes dont personne ne nous dispute l’entrée; manquer cette occasion, qui ne se présentera peut-être plus jamais, c’est nous condamner d’avance à la paralysie et à la ruine.

<f Et nous-mêmes, nous ne sommes pas immortels. Et si l’un de nous était enlevé, que feraient les autres? Même à présent nous sommes cloués, rivés à nos stations, surtout ceux du Bas, sans pouvoir nous absenter. Une Conférence est hors de question, quand les frères 11e peuvent pas même se visiter.

(( Je sais qu’il est des personnes en France qui croient et qui disent hautement que notre mission est une erreur et une faute. Si je ne savais la sympathie profonde que vous avez pour elle, vous, je ne vous dirais pas tout cela. Dieu l’a déjà justifiée, et j’ai l’intime conviction que, par elle, il fera encore de grandes choses. Mais elle est en danger, et si vous voulez la sauver et lui assurer les conditions d’existence et de développement indispensables, c’est, je le répète, maintenant ou jamais qu’il faut agir.

cc Tout cela me pèse tellement sur l’esprit que, si quelqu’un avait pu prendre ma place, j’aurais peut-être vaincu les hésitations, que j’éprouve à la perspective d’un voyage

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