Léalouyi, 29 juin i8q
l’avenir de la mission
en Europe. Vous le savez, je me suis donné â cette œuvre, et je suis prêt à la servir dans la mesure de mes forces, n’importe où et comment.
« C’est pendant qu’il en est temps encore qu’il faut jeter un cri de détresse. Dieu veuille que ce cri trouve de l’écho et qu’il retentisse ailleurs que dans votre cœur de frère et d’ami ! »
«Je parle de la possibilité1 qu’après ma mort la mission du Zambèze cesse d’être une mission française et passe en d’autres mains. La seule supposition d’une telle perspective a pour moi — ai-je besoin de le dire? — quelque chose de poignant. Pour moi, les intérêts purement nationaux sont un élément étranger qui ne doit pas entrer dans la question d’une mission. Mais, en travaillant au Zambèze comme enfant et représentant des églises de ma patrie, j’ai toujours cru travailler pour leur bien; on m’a dit qu’en cela je ne me suis pas trompé et j’en bénis Dieu. 11 est vrai que nous n’avons pas encore eu de succès appréciables, que le temps du défrichement et des semailles est bien long, que le sol que nous cultivons est bien aride. Qui le sait mieux, qui le sent plus que nous? Mais si la mission du Zambèze, dans les présentes circonstances, est un fardeau trop lourd pour la foi de nos amis de France, pourquoi ne pas nous le dire franchement? Ce n’est pas une œuvre personnelle que j’ai essayé de fonder ici, non. Mais si l’avenir vous inspirait des craintes, diles-lemoi, et, pendant que je suis encore des vôtres, envisageons courageusement le moyen d’y remédier. Dans tout cela, il n’est pas question d’amour-propre. Oh ! que Dieu m’en garde ! Je le répète, et vous savez que je dis vrai, je voudrais que la mission du Zambèze fût tout d’abord et très
i. Lettre à Alfred Boegner, Léalouyi, 27 juillet i8g3.
F. COILLARD
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
naturellement une bénédiction pour ces régions païennes, mais aussi une source intarissable de bénédictions pour les églises dont je suis l’enfant et pour celles qui nous ont jusqu’ici soutenus. »
Le 17 novembre 1893, Coillard reçoit une lettre du Comité :
O11 m’y annonce que M. Béguin va nous arriver. Enfin, le Comité remet à mes collègues et à moi-même la question de mon retour en Europe : « U11 congé, dit-on, pour plaider la cause du Zambèze devant les églises. » Un congé à soixante ans!... Que Dieu me guide! La perspective d’aller, comme conférencier, en Europe, m’épouvante. Mais je suis prêt à tout. Si seulement je pouvais rester encore cinq ans ici! Mais Dieu sait.
Peu après, Coillard écrit à une amie des Missions1 :
« Non, non, chère Madame, ne croyez pas que nous ayons une seule pierre à jeter aux chrétiens de notre patrie. Il faut des soldats aux bagages et à l’arrière comme à l’avant-garde. Et ceux qui sont fidèles là-bas contribuent à la victoire tout comme ceux qui sont à la brèche. La grande chose pour nous tous, enfants de Dieu, où que nous soyons placés, quelque tâche qui nous soit donnée, c’est l’obéissance et la fidélité, c’est de payer de nos personnes. Nous ne nous appartenons pas. Nous appartenons à Celui qui nous a rachetés au prix de son sang ; nous lui appartenons, corps et âmes, et c’est dans nos corps et dans nos âmes que nous devons le servir et le glorifier. Il y a de belles choses parmi les chrétiens d’Europe, des dévouements admirables qui nous édifient