‹ François CoillardChapitre 13 sur 282 · Mort au Pornaret (Vallées vaudoises du Piémont) en · texte numérisé non relu

Mort au Pornaret (Vallées vaudoises du Piémont) en

3. Ed. Favre, François Coillard missionnaire au Lessouto, p. 4Q1-

1 2 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

France? Si c’était un réveil de l’esprit missionnaire, il faudrait s’en réjouir, notre œuvre même du Zambèze ne pourrait qu’y gagner. Malheureusement ce n’est pas l’impression que font les articles du Signal. On se demande avec stupéfaction si on a bien compris ce que c’est que l’héroïsme chrétien, quand on voit l’Evangile mis à la remorque de la politique et des passions nationales et qu’on vous donne de si étranges définitions de l’héroïsme. L’héroïsme du monde c’est peut-être la soif de l’extraordinaire et de la gloire, mais, pour moi, l’héroïsme de l’enfant de Dieu, c’est la conviction du devoir et l’obéissance que l’amour du Sauveur et des âmes rend facile et joyeuse.

« M. J. annonçait que « la mission du Zambèze est coulée ». Pourquoi? parce qu’il y a de l’opposition? Ce ne serait pas l’œuvre de Dieu s’il n’y en avait pas. Qu’on nous encense ou qu’on nous condamne, notre devoir n’en est pas moins clair et nous n’en sommes pas moins déterminés à l’accomplir. Seulement nous attendrons du Comité une attitude franche vis-à-vis de nous, et, de nos amis, un redoublement d’affection et de zèle. »

Coillard écrivait à la même époque (27 août 1 883) au Comité qui lui demandait de renvoyer son départ au mois de mars:

<c Votre sollicitude pour notre station, croyez-le, ne peut être ni plus grande ni plus vigilante que la nôtre. Nous ne désertons pas un poste où nous attache une vie de vingtcinq ans. Et quand nous devrons nous en arracher, pour aller plus loin, nous ne le ferons qu’ après nous être convaincus nous-mêmes que nous y avons avantageusement pourvu. De concert avec mes frères du Lessoulo, nous en étudions maintenant les moyens; des propositions sont déjà à l’examen et je tiens à vous assurer que les meilleures

LETTRE AU COMITE

mesures seront prises en temps opportun pour sauvegarder les intérêts de l’œuvre à Léribé.

« Cela étant, nous n’avons donc aucune raison de retarder notre expédition. Aussi, à moins de circonstances tout à fait imprévues, notre départ, qui devait avoir lieu en novembre, est définitivement fixé pour la première semaine de décembre, afin de donner à M. Weitzecker le temps d’arriver au pays. Remettre encore à plus tard notre expédition serait la compromettre à tous les points de vue. Nous risquerions d’éteindre l’étincelle missionnaire qui se rallume parmi les églises du Lessouto et de décourager nos évangélistes et les deux artisans chrétiens qui, au prix de grands sacrifices personnels, nous sont restés fidèles jusqu’à ce jour. La confiance des chefs Barotsis surtout — sans parler de celle de nos amis d’Europe — a été si rudement mise à l’épreuve, depuis cinq ans qu’ils nous attendent, qu’un nouveau retard serait inexplicable. Ce serait, pour eux, un manque de bonne foi et équivaudrait à une faillite inévitable, désastreuse et complète.

« Dieu sait les vagues qui sont venues les unes après les autres se briser contre notre foi, depuis que nous avons parlé de la mission du Zambèze. Nous avons tenu bon. Ce qui nous a donné de la force et du courage, c’est bien — outre la conviction profonde du devoir — l’assurance que vous étiez avec nous. La question du Zambèze a toujours été traitée au grand jour, ainsi aucun malentendu n’est possible. Cette mission que la Providence nous indique, nous la croyons indispensable pour continuer nos belles traditions au Sud de l’Afrique, dans un pays indépendant de toute nationalité européenne ; nous la croyons nécessaire pour le complément et le développement de notre œuvre au Lessouto. Nous croyons que c’est dans un esprit de prière et de foi que vous avez discuté nos projets, que ce

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n’est pas sans en avoir mesuré toute la portée que vous avez solennellement pris vos décisions et les avez confirmées ensuite à l’unanimité. Forts de votre appui et pleins de confiance dans votre sollicitude, nous nous sommes donnés à cette œuvre sans enthousiasme comme sans arrière-pensée.

« Honorés de votre mandat, nous avons plaidé cette cause pendant plus de deux ans en France et à l’étranger; nous l’avons fait sans artifice, mais avec droiture et avec amour. Aujourd’hui, le temps est venu de répondre à l’attente du public chrétien qui nous a encouragés de sa sympathie et de ses dons. Nous sommes prêts. Pourquoi faut-il qu’un vent glacial vienne de France nous engourdir et nous paralyser ?

« Si nous sommes vos mandataires, si l’œuvre que nous faisons est la vôtre, nous avons le droit, Messieurs, de vous demander respectueusement mais très instamment de le dire bien haut et sans équivoque. Votre silence est compromettant et il n’est plus possible. Au début d’une œuvre que la réaction rend encore plus difficile, il faut que nous sachions que, quelques épreuves et revers que l’avenir nous réserve, nous pouvons toujours compter sur vous. Donneznous cette assurance — vous ne pouvez pas nous donner moins — et nous partirons confiants et heureux. »

Ce n’était pas pour son œuvre seulement que Coillard se montrait préoccupé de l’esprit qui se manifestait en France, mais pour la Mission en général, pour l’état religieux de cette France qu’il aimait chèrement et pour laquelle il eut toujours, comme patriote et comme chrétien, de hautes ambitions :

(( 11 est grand temps que nous comprenions1, chez nous

i. Lettre à Georges Appia, Léribé, 20 février 1 883.

LETTRE AU COMITE

aussi, que des paroles chaleureuses et de maigres contributions ne suffisent pas pour conquérir le monde et établir le règne du Sauveur. Ce qu’il faut, c’est que chaque chrétien qui sert sous les drapeaux de Jésus soit prêt à obéir et à payer de sa personne. Je suis avec sollicitude mon ancien ami M. Viénot1 dans sa tournée laborieuse. Ma prière ardente c’est que nous voyions se former une phalange d’hommes d’élite, impatients de combattre, de vivre et de mourir pour leur Roi. »

<t Nous nous associons à toutes les craintes et à tous les soucis que l’état politique et religieux de la France doit inspirer à ses enfants2. Nous prions pour notre chère patrie, nous prions pour les œuvres d’évangélisation qui s’y font; les nouvelles qui nous en arrivent font battre nos cœurs. C’est peu sans doute et pourtant nous croyons qu’ici, en mission, nous travaillons aussi pour la France, puisque la Mission a déjà été pour ses églises une source de grandes bénédictions. »

En octobre 1882, Coillard avait reçu, par le même courrier, trois nouvelles qui l’avaient rempli de joie : M. Weitzecker avait été autorisé, par le synode de l’église vaudoise, à offrir ses services au Comité de Paris.

M. Stanley Arnot, un jeune Écossais, qui, allant en mission à son compte, avait pénétré jusqu’au Zambèze, lui avait écrit : « La route jusqu’au royaume des Barotsis est tout à fait ouverte et libre pour vous. Je suis arrivé d’abord à Séchéké. J’ai rencontré M. Westbeech 3 et plusieurs chefs. Je les ai assurés que vous faisiez tout votre possible pour venir. Cependant ils sont mécon-

1. Charles Viénot, fils de Frédéric Viénot instituteur à Asnières-lès-Bourges. Voy. Éd. Favre, François Coillard. , enfance et jeunesse , p. 117. Charles Viénot, missionnaire à Tahiti, faisait alors une tournée dans les églises du Sud-Ouest de la France.

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