Venus en visite à Léalouyi du 19 au 27 décembre
Jo2 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
sentiment-là. Et je me sens si inutile ! Rien n’aboutit ! J’ai beau prêcher, pas le moindre signe, rien ! Je ne sais pas prêcher. Je suis un pauvre ignorant des choses de Dieu et je le sens toujours plus. Souvenl, quand je prends un sujet, j’en fais un galimatias, rien de plus, et je me sens triste et angoissé.
8 février iSgf — C’est le mois des événements, disait Christina. Déjà s’approche cet anniversaire1 qui a fait de moi ce que j’ai été et ce que je suis. Après Dieu, de qui seul procèdent toute grâce excellente et tout don parfait , c’est à deux femmes que je dois tout : ma mère bien-aimée a fait ma jeunesse et préparé ma vocation, et ma femme a fait de moi, par son influence, un homme et un missionnaire ; Dieu sait combien je lui dois.
io février. — La semaine a été bien rude ainsi que la précédente. Huit jours de travaux2 forcés avec des bandes de femmes faisant un vacarme à vous étourdir! J’ai de telles douleurs à la plante des pieds et au dos que je puis à peine marcher et me tenir debout. Et je suis si écrasé de fatigue que je ne puis lire cinq minutes sans in’assoupir 3. Le soir, écrire est depuis longtemps hors de question ; il me faut lutter pour pouvoir lire ou prier. Ça me rend triste.
Dimanche 1 1 février. — Passé une nuit d’angoisse en
1 . Le 26 février était l’anniversaire du mariage de Coillard.
2. Travaux de nivellement et transport de sable pour asseoir la maison.
3. Il faut se rappeler que Coillard se levait avant le jour ; ainsi, le 17 juillet 1893, il écrit dans son journal : « J'étais debout à l\ heures, contemplant le beau ciel que nous avons maintenant. En ouvrant ma porte, ce qui frappe et me captive, c’est la splendeur d’Orion, les Pléaides, Aldébaran, avec Sirius qui flamboie à l’ouest, Vénus, qui plane près des Pléiades, les constellations du nord, Cassiopée, Persée, Andromède, et ce n’est que la moitié du ciel. Il est vrai que c’en est la plus ravissante. . . J’étais rentré, rafraîchi par la rosée du ciel, je lisais ma Bible.» — Un autre jour, te 27 juillet 1893, il écrit à Alfred Boegncr : « Il est 4 heures du matin ; ma petite chambre, du reste confortable, est balayée par des courants d’air qui font vaciller ma lumière, je grelotte de froid et peux à peine tenir ma plume. »
PRIÈRES POUR DES CONVERSIONS 3o3
pensant à la journée d’aujourd’hui et à la prédication. Et pourtant tous ceux à qui j’ai parlé ont bien compris ma prédication de dimanche dernier sur Jonas à Ninive, seulement ils ont compris, c’est tout; pas de conversion.
Lundi ig février. — J’ai beaucoup prié pour Léwanika, Litia, etc., très avant dans la nuit. Je sens comme si le temps de l’exaucement n’était pas loin, il règne autour de nous une atmosphère comme quand une grosse pluie va tomber.
En février, Mokouaé est en séjour à Léalouyi.
Jeudi 22 février. — Elle est certainement susceptible de subir une bonne influence et d’être amenée aux pieds de Jésus. Oh! quelle glorieuse joie si Léwanika et Mokouaé et Katoka et Litia étaient tous chrétiens ! Je sais et je crois que le Seigneur peut faire de grandes choses. Et, avec une foi vacillante, je crois qu’il les fera.
Jeudi 22 février. — Le roi vint dîner avec nous. Il avait une suite nombreuse. Je leur donnai du feu et nous eûmes avec Léwanika une conversation des plus intéressantes et des plus sérieuses. Oh ! cet homme, comme il me paraît près du royaume des cieux! Après son départ, je suis rentré chez moi et j’ai longtemps lutté avec Dieu. O mon Dieu, ne larde pas!... Je me sens le cœur oppressé à son sujet et au sujet de Litia, d’André, de Mokamba et d’autres. La prière est une agonie.
Enfin, le temple est construit ; il est prêt à être inauguré, les amis de Séfoula viennent à Léalouyi.
« Les services du dimanche 4 mars x, eurent un carac-
i. Lettre de Léalouyi, avril 189 impr. dans J. M. E ., 1894, p. 507 et suiv.; — Sur le Ilaut-Zambïze , p. 464 et suiv.
3o4 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
1ère de grande solennité. C’était la dernière fois que nous nous réunissions dans le tabernacle. Il a son histoire, le bon vieux tabernacle maintenant tout en lambeaux. C’est avec les mêmes amis que nous l’avons élevé, et dans des temps bien difficiles. Il nous a abrités pendant seize mois, par le beau et le mauvais temps. Pour moi, le sol même en est sacré. M. Jalla prêcha sur la pêche miraculeuse, et moi, dans un second service, j’aurais voulu tirer le filet. En promenant les yeux sur ce bel auditoire, dont la plupart des visages me sont familiers, vous étonnerez-vous que ces dix années de mission au Zambèze aient passé devant mon esprit comme une vision? Je faisais, malgré moi, un stage à Léchoma, puis à Séchéké, puis à Séfoula, tout autant de chapitres qui, avec de précieux témoignages de la bonté de Dieu, parlent aussi de travaux et d’épreuves. Je m’arrêtais à Léalouyi, je pensais à toutes mes prédications, à mes espérances évanouies, à ces combats connus de Dieu seul, et, le cœur saisi de tristesse, je répétais avec les apôtres : « Travaillé toute la nuit... sans rien prendre ! » Elle a été noire, longue et orageuse, cette nuit, vous le savez; le labeur a été incessant et dur. Et pourtant... rien ! Faut-il céder à la tristesse et au découragement? Faut-il douter de la puissance de l’Évangile que nous prêchons, de la grâce de Dieu, qui pourtant a triomphé de la dureté et de la dépravation de mon propre cœur? Non, mon Seigneur. Moi aussi, j’ai travaillé toute la nuit, sans rien prendre... mais, sur ta parole, je jetterai encore le filet, d
La dédicace du temple eut lieu le dimanche suivant, 1 1 mars 1894 : le roi, les reines, le Ngambéla, des chefs, tout un nombreux public noir y assista. Le culte du matin dura deux heures.
LÉALOU Y I
L'tNTKRIEÜR DU TEMPLE
DÉDICACE DU TEMPLE DE LO ATI LE 3ü5
(( Je n’ai pas besoin de vous dire, écrit Goillard x, avec quelle émotion j’ai pris part à l’exécution du cantique que j’avais fait pour la dédicace de l’église de Léribé :
C’est un lieu saint,
C’est un lieu redoutable Où l’on prie l’Éternel,
Où on l’écoute.
C’est la porte du ciel,
C’est la maison de Dieu.
Parmi tous les autres lieux C’est là que se tient l’Éternel.
Alléluia, Amen !
ce Le rapprochement et le contraste de ces deux cérémonies, à vingt-trois ans de date, était profondément douloureux pour moi. »
L’après-midi un nouveau culte eut lieu :
« Nous, dans la soirée, toute petite bande que nous sommes, nous nous réunîmes encore, dans ce temple maintenant vide, pour recevoir un message du Seigneur (Zach. n, 5) et commémorer ensemble sa mort. Tout était calme et silencieux, au dehors comme au dedans. Jésus était là et parlait à nos âmes. Après cette journée si belle, si remplie, nous sentions qu’il nous invitait nous aussi, comme ses disciples fatigués, à le suivre à l’écart, et à nous retremper dans l’intimité de sa communion. Moments bénis, heure solennelle î 11 fait bon être là ! »
i. Lettre de Léalouyi, avril’ 1894, impr. dans J. M. E., 1894, p. 507 et suiv.; — Sur le Haut-Zambèze, p. 4@4 et suiv.
F. COILLABD AU ZAMBÈZE