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CHAPITRE XI

A LÉALOUYI — CHEZ KAKENGÉ — VERS LE SUD

Prédication bénie. — Déceptions. — Courriers perdus. — Départ pour Kazoungoula. — La Conférence. — Mort de Mabille. — Retour à Léalouyi. — Faux départ. — Le travail à Léalouyi. — L’œuvre est encourageante. — Un voyage d’exploration. — Libonda. — Chez Kakengé. — En danger. — Retour. — Chez Sindé. — En lutte avec le paganisme. — Nolianga. — Malade. — Arrivée d’un ami. — La Conférence. — Adieux. — Sentiers de souffrance. — A Kazoungoula. — Terrible voyage. — A Boulawayo. — A Palapchoué. — Les Matébélés. — Peste bovine. — A Kimberley. — En route pour l’Europe. — Gardé du naufrage.

Après la dédicace du temple de Léalouyi, les amis de Séfoula durent reprendre le chemin de leur station.

/.? mars i8q4- — J’ai visité le roi avec les Adolphe Jalla qui prirent congé de lui. Avec quelle tristesse il parlait de la défection de Litia, de Mokamba, de Ngouana-Ngombé et de Tardent désir qu’il a, lui le roi, de pousser ses gens à venir entendre l’Évangile et à envoyer leurs enfants à l’école, et aussi de voir des gens se convertir ! A l’entendre on l’aurait cru converti lui-même. Je l’ai mis en garde contre le danger de prendre ces bonnes dispositions pour la conversion. Oh ! comme il était sérieux !

Le premiër dimanche après la dédicace fut particulièrement béni; le roi et les princesses assistaient au culte, l’auditoire était nombreux.

F. COILLARD

MISSIONNAIRE AIJ ZAMBEZE

18 mars. — Prêché sur Luc xv : la brebis perdue. J’ai chanté en solo le cantique l\Z. L’esprit de Dieu était sur moi et j’ai chanté comme inspiré. On aurait entendu voler une mouche et toutes ces figures, bouches béantes, avaient les yeux rivés sur moi. J’ai été saisi d’une vive émotion qui a failli me couper la voix. Et quand j’eus fini, pendant plusieurs minutes, l’assemblée resta comme pétrifiée, les bouches toujours béantes, les yeux toujours fixes, sans le moindre mouvement, sans le moindre bruit. Moi-même quand je me relevai, au bout de quelques instants, pour prêcher, il me semblait commettre une profanation ; ce silence c’était la voix même de Dieu et je n’avais pas le droit de l’interrompre et de le troubler. Je prêchai avec force et abandon. Le matin, je m’étais attaché à montrer la persévérance que met le bon Berger à chercher sa brebis, l’après-midi la joie du ciel quand elle est retrouvée. Je terminai par un pressant appel en insistant sur le pécheur repentant. L’assemblée s’écoula sous des impressions apparemment sérieuses. Moi-même, je ne pouvais que prier et supplier jusqu’à une heure très avancée de la nuit.

Le lendemain, Léwanika disait à un noir qui n’était pas au culte :

« Ah ! tu as beaucoup perdu. Le missionnaire nous a chanté tout seul un cantique, lui-même était tout changé, tout transformé. Je n’osais pas le regarder; ce cantique me faisait trembler et je ne pouvais presque pas m’empêcher de pleurer. Ce cri : a Où es-tu ? où es-tu, ma brebis? » oh ! ce cri-là, il nous perçait le cœur; personne ne l’oubliera. Tout le monde, même les tout petits enfants avaient les yeux braqués sur le missionnaire, pas un ne bougeait, on respirait à peine. »

UN CULTE IMPRESSIF 3c>9

Je bénissais mon Diea de me donner cet encouragement. Mais, la légèreté de nos Barotsis !

18 avril. — Le roi est venu hier, aimable comme toujours. J’ai profité d’un moment où j’étais seul avec lui pour lui parler sérieusement et l’amener à se décider, sans délai, pour Christ. Il ne m’a pas répondu ; il a fait semblant de feuilleter un journal anglais qui se trouvait sous sa main. Je crains qu’il n’y ait du recul chez lui.

Les enfants noirs de Coillard lui causent à plusieurs reprises d’amères déceptions par leur inconduite :

io avril i8g4- — O mon Dieu ! c’est donc là le résultat de nos travaux avec ma bien-aimée et de nos larmes ! Quel est donc, dans ma vie, l’interdit qui m’empêche d’être béni ? Mon tre-le moi, mon Père.

Peu après, lors d’un nouveau cas (24 mai):

Oh ! que c’est dur. Toutes les plaies se rouvrent et saignent. Ne savons-nous donc pas prier? N’avons-nous pas assez de foi et d’amour? Nous fions-nous trop à l’armure de Saül plutôt qu’à la fronde et aux pierres du torrent? Je cherche les défauts de ma cuirasse. Elle doit en avoir de graves, pour que Satan triomphe ainsi chez nous, quand nous sommes venus l’attaquer dans sa forteresse au nom de l’Éternel des armées.

1 3 avril, au soir. — Arrivée d’une poste, très inattendue 1 Parmi mon lot se trouve une lettre de M. Boegner, me pressant de retourner en Europe, s’appuyant surtout sur des considérations de santé et sur les services que je pourrais rendre là-bas à la mission du Zambèze. Je ne vois pas clair. Jusqu’à présent je crois que, puisque Dieu m’a rendu la santé et donné quelque ascendant sur Léwanika et ses

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F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

gens, mon départ ne serait pas justifié, surtout étant donnée notre pénurie d’ouvriers.

Et puis, je me sens saisi de frayeur à la pensée de retourner en Europe. Je suis au-dessous de cette grande tâche; je suis creux et vide. Ici je suis chez moi, là-bas je serais dans un autre monde. J’ai peur de la publicité et de la popularité; j’ai peur du bruit des hommes. La parole du Sauveur à l’adresse des pharisiens retentit constamment à mes oreilles : « Je vous dis en vérité qu’ils reçoivent leur récompense. »

A deux reprises les courriers expédiés parCoillard se perdirent *, des lettres importantes, des commandes, des valeurs, tout avait disparu.

ig mai i8g$. — Je suis consterné, interdit, comme foudroyé par une telle nouvelle. A quoi bon donner mes veilles à ma correspondance? 0 mon Dieu ! fais-moi la grâce de comprendre les leçons si sévères que tu me donnes ces temps-ci !

Au milieu de toutes ces déceptions, il y a quelques adoucissements matériels : Goillard entre en possession de son cabinet d’étude construit par Waddell et les garçons noirs, « un vrai petit sanctuaire, » et un jour Nyondo lui fait de si bon pain que Goillard s’écrie : « Les boulangers de Paris n’en font pas de pareil ! »

La Conférence des missionnaires devait se réunir en juillet, à Kazoungoula, chez M. et Mme Louis Jalla; un nouveau renfort y était attendu en la personne de M. et Mrae Eugène Béguin1 2.

1. L’un des courriers contenait i4o lettres écrites par les missionnaires de la Vallée, d’avril à août 1893 et l’autre contenait les lettres de mars 1894. Une partie de ces lettres finit par arriver avec un grand retard.

2. De nationalité suisse, M. Béguin a travaillé au Zambèze jusqu’en 1908: il est maintenant pasteur à Nods (Jura bernois).

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