A la Zambézia de Vevey, Léalouyi, i4juin i8g
CONFÉRENCE A KAZOUNGOULA
Coillard quilta Léalouyi le lundi 25 juin, et arriva à Kazoungoula le i3 juillet, pour y trouver toute « la famille des missionnaires du Zambèze » plus M. et Mme Béguin et deux évangélistes bassoutos, John Radébé et Willie Mokalapa. La Conférence décida que M. et Mme Adolphe Jalla iraient s’établir avec Coillard à Léalouyi, ainsi que l’évangéliste Willie, qu’une nouvelle station serait fondée à Nalolo, où s’établiraient M. et Mme Béguin avec l’évangéliste Jacob. M. et Mme Gov devaient rester à Sécliéké avec MI,e Louise Iveck qui s’occuperait de l’école1, M. et Mme Louis Jalla demeureraient à Kazoungoula; M1Ie Kiener, qui redescendrait de Séfoula, et John Badébé leur seraient adjoints. Séfoula serait laissé aux soins de l’évangéliste Paul, ce que Coillard considérait, avec douleur, comme la ruine de cette station, au point de vue matériel.
Notre Conférence a été remarquable par un esprit d’union et d’intercession. Tous les matins, nous avions entre nous une réunion de prière. Et tous les jours, vers le coucher du soleil, nous avions une réunion d’évangélisation, très fréquentée et très vivante.
Il y a eu un commencement de réveil. Le premier dimanche^ pendant que je prêchais sur ces paroles : cc Oui a cru à notre prédication? » plusieurs garçons et filles de la maison de M. Louis Jalla se sont levés et ont déclaré vouloir servir Dieu. Ce mouvement si spontané m’a ému ; il s’est continué. Mes garçons Séonyi et Sémondji, eux aussi, se sont déclarés pour le Seigneur.
La Conférence décida l’envoi de l’un des siens à Palapchoué et à Maféking pour régler certaines affaires. Coillard s’offrit, pensant que, du même coup, il irait très facilement au Lessouto visiter les églises et voir son ami Adolphe Mabille. Il fut décidé qu’il partirait au plus tôt.
i. Mlle Louise Keck dut, pour cause de santé, quitter la mission du Zambèze en 1896.
F. COILLARD
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
Après la Conférence, avec M. Louis Jalla, il fit une excursion aux Chutes Victoria. Au retour :
«Un courrier est arrivé, dit Mme Jalla, mais il apporte de mauvaises nouvelles du Lessouto — et, me fixant avec une expression de tristesse — des nouvelles douloureuses pour vous surtout, M. Goillard. » — « Quoi? qu’y a-t-il? dites. » — « Un des missionnaires n’est plus! » — « Mabille? » m’écriai-je. — « Oui, M. Mabille. Il est mort le 20 mai! » Je me laissai choir dans un fauteuil, comme foudroyé. Mabille! Mabille! vraiment! ce 11’est pas possible!
Je me retirai et lus mes lettres. Hélas! ce n’est que trop vrai. O mon Dieu! pourquoi lui? pourquoi elle? et pas moi. Moi si inutile !
Un mois à peine avant la mort de Mabille, Coillard écrivait, comme s’il avait le pressentiment de la fin prochaine de cet ami :
« Voilà trente-huit ans que l’amitié la plus intime nous unit1. C’est l’histoire de David et de Jonathan, deux âmes d’élite auxquelles nous voudrions l’un et l’autre ressembler. Oui est le David et qui est le Jonathan? peu importe. Ce qui importe c’est l’union de deux cœurs qui se comprennent. Je tremble à la pensée que nous vieillissons l’un et l’autre et qu’un jour, lui aussi, sera appelé au repos. C’est toujours la question qui se pose à nouveau dans l’Eglise militante, à savoir qui ramassera le manteau de l’Elie que Dieu prend à lui. Après tout, soyons sans crainte. Le Seigneur veille sur son Eglise et son œuvre lui est plus chère qu’à nous. »
Coillard persista dans ses projets.