DEPART ET RETOUR
c’est un canot et qu’on n’a qu’à y poser les choses. On les ramasse les uns après les autres, on rafistole et en route de nouveau!... Crac! Qu’est-ce que c’est donc cette fois? Je saute en bas et, devant tout mon monde consterné, je constate que le rayon d’une roue est cassé et entièrement pourri. Hélas! mes constatations vont plus loin, la roue entière est vermoulue. La peinture qui cachait tout m’avait trompé. Que faire?
Après un essai de raccommodage, il fut reconnu que c’eût été une imprudence d’entreprendre un voyage de plus de 3oo lieues dans le désert, avec un wagon en aussi piteux état et des Zambéziens dont pas un ne sait manier un outil.
Il n’y a pas à hésiter, le voyage est une impossibilité, il faut y renoncer et j’y renonce. Je crois que c’est Dieu qui m’arrête. Il sait pourquoi. Mon regret c’est de ne m’être pas, à temps, rendu compte de l’état de ma voiture. C’est, pour un vieux voyageur, une faute impardonnable. Que de travail, que de fatigues, que d’émotions cela m’eut épargnés! Pourquoi Dieu l’ a-t-il permis? Etait-ce pour éprouver mon attachement à son œuvre et mon obéissance à sa volonté? En tout cas, tout cela n’a pas été sans bénédiction. J’étais prêt à partir, je suis prêt à rester. Je vais donc rentrer à Léalouyi où l’œuvre abonde.
M. Adolphe Jalla fut heureux de ce retour de Coillard. « Au lieu de remplacer notre doyen à la capitale, nous n’aurons qu’à le seconder », écrivait-il, et il s’installait définitivement, le 3 novembre, à Léalouyi.
« Les temps sont sérieux pour nous ici, écrit Coillard1.
i. A Alfred Boegner, Léalouyi, 3o octobre 1894.
3 20 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
Vous savez si je souffre de voir Séfoula tomber en ruines. Et, ici, cette école de deux cents élèves, comment nous en tirer quand Adolphe Jalla doit encore bâtir sa maison? Envoyez-nous du renfort, c’est maintenant le moment ou jamais de nous développer. »
Coillard voulait ce développement.
Dieu m’appelle-t-il ou non à commencer l’école d’évangélistes1? Tout semble me l’indiquer. Et pourtant j’en ai peur. Je ne m’en crois pas capable.
11 rêvait d’établir à Séfoula une école industrielle « qui sapèrait les fondements de l’esclavage, ce monstrueux édifice social ». Mais à qui en confier la direction ? Waddell n’était plus là.
g novembre i8y4- — Hier, j’ai été si souffrant tout le jour que j’ai eu de la peine à me tenir debout. J’ai pourtant commencé des réunions de chant.
ii novembre. — Terribles combats intérieurs. Je me sens si fatigué que je ne puis pas m’asseoir sans m’endormir. 0 mon Dieu! ne permets pas que je sois un fardeau! Prends-moi à toi avant que je ne me survive et glorifie-toi encore par moi, par le reste de ma vie et par ma mort.
Lundi 12 novembre. — J’ai commencé, avec beaucoup de crainte et de tremblement, une classe biblique pour Nyondo et Sémondji.
« Une école biblique au Zambèze2! Ce nom vous rappelle
1 . L’école d’évangélistes fut décidée à la Conférence de Léaiouyi de septembre 1895 et confiée à M. Adolphe Jalla qui l’ouvrit immédiatement.
2. Léaiouyi, 3i décembre 1894, impr. dans J. M. E., 1895, p. 245 et suiv. ; — Sur le Haut-Zambèze , p. 52 1 et suiv.
LEALOUYI
COILLARD CHEZ NAROUBOUTOU