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Lettre à la famille Appia, Léalouyi, 26 février i8g

F. COILLARD AU ZAMBÈZE

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Mais il faut voir combien il est heureux quand nous allons chez lui. Il fait pitié. Jusqu’à quand cela durera-t-il? La grâce de Dieu est toute-puissante. Il est impossible que cette âme réveillée s’endurcisse et se perde. »

jcr mai i8g5. — Le roi est venu me voir hier et a passé la plus grande partie du jour chez moi. Gela me dérangeait bien un peu, car j’étais dans ma correspondance jusque par-dessus la tête, mais je compris que le Seigneur me l’avait envoyé. Aussi eus-je avec lui une conversation des plus sérieuses. Je le poursuivis dans tous ses refuges de mensonge. Je lui rappelai tous ses meurtres. Je lui montrai comment il disputait à Dieu ce que Dieu lui demandait. Dieu lui demande son cœur et, lui, veut tout lui donner, tout, excepté lui-même : la bière, la sorcellerie, les médecines, etc..., il y a renoncé, mais pas à la polygamie; il vit encore dans le péché et il le sait. Il devint très sérieux et fut touché.

Aujourd’hui c’est Nolianga, une femme de Léwanika, qui est venue. Ce qui l’arrête, c’est son titre de reine.

En revanche Mokamha, le Liomba c’est-à-dire le troisième chef du pays, qui, peu avant la mort de Mra2 Goillard, pleurait sur ses péchés et qui, dès lors, était retombé, renonçait à la polygamie et venait, le 29 janvier, annoncer à Goillard sa conversion définitive. Peu après, Mpololoa, sa femme, se convertissait aussi.

« L’œuvre est devenue très encourageante1. Une soixantaine de jeunes gens et de jeunes filles font profession de servir le Seigneur, et plusieurs autres, surtout parmi les hommes et les femmes, sont bien disposés. C’est la même

1. Lettre à Mme Françoise Gauthier, Léalouyi, i4 janvier 1895.

l’œuvre DEVIENT ENCOURAGEANTE 32 3

chose sur toutes nos stations missionnaires. Litia1, le fils du roi qui s’était égaré, est rentré dans la bonne voie et a renvoyé une deuxième femme qu’il avait prise. Il est plein de zèle. C’est beau à voir.

« Hier, au service du matin ou nous avions un auditoire de plus de trois cent cinquante personnes, trois se sont, de nouveau, déclarées pour le Seigneur. Mais nous en attendons d’autres. Il se fait un grand travail dans les consciences. Quelle révolution dans la vie de ces pauvres gens! La foi prend la place de la superstition et il y a bien des choses à redresser.

« Tu te demandes peut-être comment je m’en tire pour mon ménage. Eh bien! j’ai chez moi quatre ou cinq jeunes gens que je prépare comme évangélistes. Ce sont eux qui font tout pour moi. Ils me nourrissent, c’est-à-dire qu’ils préparent ma nourriture comme ils peuvent. Ce n’est pas bien difficile, car mes besoins sont assez modérés et je n’exige pas beaucoup d’eux. Quand jë suis malade, comme je l’ai été ces derniers temps, c’est un peu plus compliqué. Mais les pauvres garçons suppléent à leur ignorance et à leur gaucherie par l’affection, et ça me fait du bien.

(c M. et Mme Adolphe Jalla sont maintenant avec moi. Mais j’ai tenu à avoir mon petit ménage à part. Nous nous voyons cent fois le jour. Je les aime comme fils et fille et ils sont pleins d’égards envers moi. De sorte que je ne suis pas à plaindre.

« Je ne me sens pas fort. Même une petite course à cheval me fatigue tellement que je la redoute, moi qui aimais tant le cheval! Mais je suis reconnaissant de ce que le Seigneur veut bien encore se servir de moi et je l’en bénis. )>

i. Nommé, en 1894, gouverneur du district de Séchéké, avec Kazoungoula pour résidence.

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Eu effet, la santé de Coillard était ébranlée :

ce Depuis le mois de novembre r, j’ai été très patraque des suites de ce que je crois avoir été une attaque d’hématurie. Sans être vraiment alité, j’ai été très souffrant, si bien que j’en suis venu à m’estimer, je suppose, à ma juste valeur : bon à rien.

« La fin de ma carrière ne peut pas être bien loin, maintenant, je pense. Je suis un peu mieux, moins souffrant qu’il y a quelques semaines. Mais mon cœur est trop jeune pour ma vieille coquille et cela me fait souffrir. »

A la fin de mars 1895, Coillard se rendait à Séfoula.

Cette visite, que j’appréhendais tant, a été riche en bénédictions. L’œuvre sur laquelle j’avais des doutes m’a profondément et favorablement impressionné. Je m’humilie devant Dieu de mon manque de foi. C’est un péché que de méconnaître le travail de l’Esprit de Dieu là où il existe. C’est déshonorer Dieu.

Coillard nourrissait depuis longtemps le désir de faire un voyage de reconnaissance et d’évangélisation au pays des Baloubalés et de remonter vers les sources du Zambèze; il était plus libre, grâce à la présence, à Léalouyi, des Adolphe Jalla et, malgré le mauvais état de sa santé, il voulut mettre ce projeté exécution.

La veille de son départ, il prêcha, le matin, sur Félix, Festus et Agrippa.

L’après-midi je repris le même sujet. J’ai senti, plus encore que le matin, que l’Esprit de Dieu était sur moi. J’ai parlé avec force ; l’émotion a fini par me vaincre et je me

1. Lettres à M. D. Jeanmairet, Léalouyi, 23 avril et 18 février 1896.

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