DÉPART POUR LE PAYS DES BALOUBALES
suis assis. Oli! ces appels! comme ils me brûlaient dans le cœur!... Seront-ils entendus? L’éternité nous révélera le résultat de cette journée.
Lundi 6 mai i8g5. — Nuit de luttes en prière. Seigneur, augmente-moi la foi ! J’attends ce que je t’ai demandé : la conversion de Léwanika, de Nolianga, et d’autres. Partirai-je ce matin ?
Ce jour même il partit, emmenant avec lui ses garçons, onze des catéchumènes les plus anciens de M. Ad. Jalla, plus Sémonja, un noir chrétien qui l’accompagnait toujours dans ses voyages, et Mokamba, gendre du roi. Léwanika avait fourni dix canots et une trentaine de rameurs.
Coillard passa à Katouramoa, ancienne capitale des Barotsis, et arriva le 7 mai à Libonda.
Plusieurs de mes jeunes gens prirent la parole avec chaleur1 mais avec tact. Libonda est entouré de villages, c’est un centre tout désigné pour la sixième de nos stations... quand nous aurons l’homme.
Lundi i3 mai. — Oh ! comme mon cœur brûle pour tous ces pauvres gens ! pour nos bateliers. Je leur ai adressé de pressants appels à plusieurs reprises; Mokamba et Nyondo l’ont fait aussi dans une réunion du dimanche soir. De ma tente, j’entendais tout. Pourquoi le Seigneur ne me donnerait-il pas tous ceux qui voyagent avec moi. (Actes, xxvn, 24.) Que ce serait beau si nous retournions avec une bande de convertis! Quelques-uns ont déjà demandé des abécédaires et, à chaque bivouac, le camp se transforme en école. Le Seigneur me soutient. Je suis faible de corps, je souffre
1. Journal de voyage, impr. dans J. M. E., 1896, p. 47 1 ; — Sur le Haut - Zambèze, p. 537.
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
beaucoup. On se doute bien un peu que je pourrais mieux me porter, car, dans leurs prières, mes garçons prient toujours pour moi comme pour quelqu’un qui se fait violence pour vaincre sa faiblesse.
Durant le voyage, Coillard recueille de nombreux encouragements : ici, il retrouve des noirs qui sont venus à Léalouyi et qui ont retenu quelques bribes de l’Evangile, là, on lui promet de lui envoyer des élèves pour son école. Le 17 mai, il arrive chez Sindé, le grand chef des Baloundas, qui le reçoit très bien.
18 mai i8g5. — Notre école tend toujours plus à grouper des représentants de diverses tribus. Que 11’avons-nous à notre disposition plus d’hommes, plus de fonds,, pour faire de Léalouyi un grand foyer d’éducation et de vie?
Mon corps est usé, mais mon cœur est encore jeune et s’élargit. Chaque coup de rame est, pour moi, une prière en faveur de ce pauvre pays si ténébreux. Ne le verrai-je pas s’ouvrir à l’Évangile ?
Tout le personnel est plein d’entrain malgré de grandes fatigues. Mokamba, Nyondo, Sémondji ont compris que ce voyage n’est pas un voyage de plaisir, mais une occasion de faire l’œuvre de Dieu : ils déploient, individuellement , du zèle pour exhorter les bateliers, ils parlent dans les réunions d’appel qui ont lieu à chaque étape; Coillard les voit allant, deux à deux, prier dans les champs. L’expédition a parfois beaucoup de peine à se ravitailler.
2g mai. — Nous achetâmes un peu de blé et partîmes. Il était 9 heures du matin. Tout le jour nous fûmes escortés par des groupes d’hommes et de femmes. De temps en temps, nous amarrâmes nos pirogues pour leur parler du Sauveur. Mais, de nourriture point! Je n’en tenais aucun compte pour ma part, je leur parlais de Jésus et mon but était atteint.