‹ François CoillardChapitre 150 sur 282 · Ad. Jalla, Pionniers, p · texte numérisé non relu

Ad. Jalla, Pionniers, p

3. Kazoungoula, 12 décembre 1895, impr. dans J. M. E 1896, p. 169 et suiv.; — Sur le Haut-Zambèze , p. 556 et suiv.

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DÉPART DE LÉALOUYI

horizons que mon voyage chez Kakengé avait ouverts devant moi. Il m’a été dur de plier ma volonté à celle de mon Maître. Il me semblait que j’avais de si excellentes raisons! Le Seigneur ne discute pas, lui. Il appesantit sa main sur moi et, peu à peu, par un effet de sa grâce, il m’amena, une fois encore, à m’abandonner entièrement à sa volonté. Il m’apprit même, tout à nouveau, à la trouver non seulement parfaite, ce dont nous ne doutons jamais, mais aussi bonne et agréable.

« Je fis donc, avec l’aide de mes garçons, ce que je pus en fait de préparatifs, ce qui ne veut pas dire grand’chose. Je désirais ardemment visiter, au moins une dernière fois, le village; ce désir de mon cœur ne me fut pas accordé, désappointement d’autant plus amer que je ne pouvais pas recevoir de visiteurs, sauf de rares exceptions. J’eus la douloureuse satisfaction d’un tête-à-tète avec André, mon pauvre enfant prodigue. Il reviendra, j’en ai la confiance, et ses confessions me l’affirment, mais, pour le moment, il en est encore à paître les pourceaux et à envier leurs carouges. Le roi, lui, qui venait me voir assez fréquemment, me disait un jour : « Ah! si je ne suis pas encore sauvé, ce n’est pas ta faute. Tu ne t’es pas donné de repos, mais tu ne m’en as pas donné non plus. »

« Le Seigneur, dans sa bonté, me donna assez de force et de grâce pour adresser à nos chères gens mes dernières exhortations et mes adieux.

« Et puis... le 3o octobre, trois ans donc, presque jour pour jour, après mon arrivée, je quittais Léalouyi, la termitière de Loatilé qui m’est devenue si chère, et, porté en litière, je partais tout seul pour Séfoula. Les Adolphe Jalla devaient partir le lendemain et aller m’attendre à Nalolo. Trajet bien mélancolique et bien douloureux! C’était la première fois de ma vie que je me trouvais berné sur ce matelas

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que chaque pas des porteurs faisait rebondir. Et puis, cette litière se cassa, il fallut à plusieurs reprises la raccommoder; puis survint la nuit, un violent orage éclata; le wagon qui nous avait devancés avec les bagages s’était ensablé. C’est au milieu de la nuit que nous atteignîmes la station. Plus de lumière à la fenêtre maintenant. Personne ne nous y attendait — et qui nous aurait attendus, je vous prie? Je me jetai sur mon lit où je me tournai et retournai dans l’angoisse jusqu’au matin. Je passai deux jours à Séfoula. La réunion d’adieux, très nombreuse et intéressante, fut un rayon de soleil.

<( Le samedi matin, je me remis en litière pour Nalolo. Mais avant que mon triste cortège se mît en route, m’arriva un exprès d’Adolphe. Qu’esl-il donc arrivé? J’ouvre le billet qu’il me tend. Quelle atterrante nouvelle! Séonya, mon garçon, vient de se tuer d’un coup de fusil, en chassant des canards! Les Adolphe conduisirent son cadavre à Nalolo, où je ne pus que dégonfler mon cœur sur son tombeau. Quel nuage sur le commencement de ce voyage que tout concourait déjà à rendre si triste !

(( Les Adolphe Jalla m’accompagnèrent jusqu’à Séoma et M. Goy vint à ma rencontre dans les parages de Katima- Molilo. Malgré tous les soins qu’on avait mis à rendre mon canot aussi confortable qu’un canot peut l’être, le voyage m’éprouva beaucoup. Il me semblait parfois que je ne pourrais jamais arriver à Kazoungoula. M’y voici pourtant, par la bonté de Dieu. Je ne suis pas sans de vives appréhensions au sujet du voyage en wagon qui est devant moi, bien autrement pénible que le voyage en canot. Mais j’ai tort. Le mieux c’est de m’abandonner entièrement au Seigneur et de me confier en lui. Il ne se trompe jamais.

(( Les Adolphe Jalla tout d’abord, puis les amis Goy et les Louis Jalla ensuite, m’ont prodigué tous les soins (pie

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