‹ François CoillardChapitre 157 sur 282 · A LONDRES · texte numérisé non relu

A LONDRES

De Londres, il écrit à Alfred Boegner (i3 juin) :

cc Vous le voyez, la bonne main du Seigneur a été sur nous. Il m’a comblé de bénédictions. Je ne puis que chanter le psaume cm, et vous demander de mêler vos actions de grâces et vos louanges aux miennes. En me retrouvant, une fois de plus, sur le sol de notre vieille Europe, je pense à Jacob retournant à Béthel pour y sacrifier et s’y consacrer à nouveau au Seigneur.

« Si vous attendez quelque chose de moi, souvenez-vous que je ne suis qu’un pauvre vase fêlé et vide, et demandez ardemment au Seigneur qu’il me remplisse de sa grâce et m’oigne de son Saint-Esprit. Je viens à vous tremblant, plein de défiance de moi-même, écrasé par le sentiment de mon incapacité. Je suis rouillé, je ne suis plus l’homme de la mission. Mais je sens, de plus en plus, combien je dois me rejeter entièrement sur le Seigneur. Le trouble de mes pensées est un manque de foi, je le sais; Dieu n’a-t-il pas choisi les choses folles de ce monde, les faibles, les méprisées, les viles et les ignorantes, et même celles qui ne sont point, pour accomplir son œuvre et glorifier son nom ?

« Qui a fait la bouche de l’homme, ou qui a fait le muet ou le sourd, le voyant ou l’aveugle? N’est-ce pas moi, l’Éternel? Va donc maintenant », dit-il à Moïse. « Va donc, maintenant », m’a-t-il dit. Je l’ai compris. Gela me suffit. »

Le mandat que Goillard reçut alors de Dieu, n’était pas seulement de faire connaître et aimer un champ de mission spécial ou la Mission elle-même ; il voyait devant lui une tâche plus vaste, il voulait être en bénédiction :

« Oh! faisons du bien, toujours du bien1, à tous du bien, par la grâce de Dieu demeurant et débordant en nous. »

i. Lettre à Alfred Boegner, Londres, 3 juillet 1896.

352 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

« Recevoir du bien, faire du bien, voilà qui est digne de nous, n’est-ce pas 1 ? Quelle belle vie que celle qui serait une illustration vivante de cette belle devise. »

Tout de suite des réunions s’organisèrent en Angleterre; on voulait avoir Coillard partout ; mais il se devait d’abord à sa patrie ; il écrit à AlTred Boegner (i3 juin) :

« Vous attendez sans doute que je vous parle de mes plans. Hélas ! je me sens, comme mon Sémondji, tout étourdi dans ce grand tourbillon et ce vaste désert de Londres. Il me faut d’abord me recueillir et entendre la voix de Dieu. Vous désirez que je vienne à Paris au plus tôt et cela est bien naturel. »

Jeudi 18 juin. — Quitté Londres ce matin. Belle traversée et beau voyage. Arrivé à Paris à 7 heures du soir. Une vraie ovation! J’en étais tout ahuri. Je croyais qu’il y avait méprise et qu’011 m’avait pris pour un autre. J’étais une bûche de bois qu’on se passait d’embrassade en embrassade. Je croyais rêver. Pourquoi tous ces témoignages d’affection? C’est bien preuve qu’on ne me connaît pas.

Dimanche 21 juin . — Jours remplis. Les visites se succèdent à la Maison des Missions, comme sur un écran.

J’ai devant moi une semaine chargée; que Dieu me soit en aide !

26 juin. — Quelle semaine ! Quel monde que ce Paris!

Le dimanche 28 juin eut lieu, à l’Oratoire, une réunion organisée par la Société des Missions; un officier malgache, chargé par la reine d’un message pour le Comité des Missions y assistait; on devait entendre Coillard et M. Benjamin Escande, missionnaire au Sénégal.

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