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Lettre à Alfred Boegner, Londres, 4 juillet

F. COILLARD AU ZAMBÈZE

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de ma tâche, et cela me jette dans la poussière, au pied du Trône. »

3 juillet i8g6. — J’ai parlé dans la grande salle de Mildmay, j’ai complètement échoué. On ne m’a pas entendu et je n’ai rien dit qui vaille. Hudson Taylor a été admirable. Je suis humilié. C’est bon que je sois humilié. Mais, Seigneur, pourquoi m’as-tu confié les intérêts de ton œuvre?

7 juillet . — Qu’il me soit donné de faire connaître ouvertement et librement le mystère de l’Evangile ! Que j’en parle avec assurance comme je dois en parler! (Eph. vi, 19, 20.) Que mon Dieu magnifie sa puissance dans ma faiblesse !

17 juillet. — Quand je vois des gens comme les Brooke, M. Wright et tant d’autres, ma place parmi eux est bien bas. Je vois partout des géants et parmi ces géants je suis un nain. Mais l’exemple de Jésus n’est pas une abstraction; il aide ceux qui veulent le suivre. Sa grâce abonde en eux. Je voudrais qu’elle abondât en moi. Je sens que j’ai encore un degré à monter pour entrer dans la possession entière de cette vie supérieure dont on parle tant et que je possède si peu. Quant à me donner, je me suis donné au service du Maître et je crois l’avoir fait entièrement, malgré mes chutes.

ig juillet. — Je suis frappé comme tout le monde parle bien, les Anglais, l’anglais, les Français, le français. Je ne sais ni l’un ni l’antre, hélas! Ce sont des outils rouillés.

Le lendemain de son jour de naissance, il écrit à M. et Mme Alfred Boegner(i8 juillet) :

« Merci pour vos affectueux messages. Les, vœux d’un enfant de Dieu ce sont des prières, des prières que Dieu entend et qu’il exauce par la rosée de ses bénédictions. Il

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m’est bien doux de penser que nombre d’amis se sont souvenus de moi au Trône de la grâce, hier tout particulièrement. Voilà donc encore une borne milliaire passée. Combien m’en reste-t-il encore ? Le départ, je l’attends et le signal du Maître ne peut que me rendre radieux. Mais s’il veut encore se servir de moi ici-bas, je n’en murmure pas. Je crois que les anges, s’ils le pouvaient, envieraient notre service. C’est bien beau d’être un héraut de la Bonne Nouvelle du salut dans les pays couverts encore des ténèbres de la mort. Et si le Seigneur m’accorde Tardent désir de mon cœur, c’est là que son ange me trouvera. Ne demandez pas à Dieu pour moi une longue vie. Non, demandez plutôt que Dieu me retire, avant que je sois obligé de sortir du harnais ou de déposer la cuirasse.

« Ne prions pas, comme dans l’église anglicane, que Dieu nous préserve de mort subite. Mourir comme M. Verny1 en prêchant ou comme M. Bersier en travaillant, c’est une translation que j'envie. Ne vous demandez-vous jamais quand et comment Dieu vous appellera? Nous en parlions souvent avec ma chère femme. Elle avait des craintes, elle avait peur des souffrances physiques. Elle disait toujours qu’elle bénissait Dieu de n’être pas née au temps des martyrs. Aussi, quand elle vit sa fin approcher, elle me disait : « Si c’est là mourir, vois-tu, ce n’est ni si difficile ni si dur que nous le pensions. Toujours portée sur les bras éternels. »

« Je prends note de ce que vous dites de notre intercession mutuelle. Demandez aussi pour moi la puissance de l’Esprit. Oh ! si le Seigneur voulait se servir de moi pour faire quelque bien en France parmi nos chères églises, celles de campagne surtout 1 »

i. L.-E. Verny, pasteur de l'église de la Confession d’Augsbourg à Paris. En i854> prêchant à Saint-Thomas, à Strasbourg, il s'affaissa dans la chaire. — Alfred Boegner est mort en chaire à La Rochelle, le 20 février 1912.

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Le 7 août, Coillard revint à Paris, et le io août, il allait à Contrexéville affermir sa guérison par une cure. Ce fut là un temps de repos, de recueillement et de prière.

Il était très préoccupé par la famine qui sévissait au Zambèze et par la peste bovine qui avait coupé toute communication ; il voulait, d’autre part, le développement de son œuvre. Pour cela, il lui fallait un puissant renfort. Du Zambèze, il avait déjà écrit, en 1892, qu’un renfort de dix ouvriers lui était nécessaire l.

Le i4 juillet 1896, apprenant la mort de M. Goy, à Séchéké, il s’écrie :

Pauvre Mme Goy ! pauvres enfants ! pauvre mission ! Serait-ce le début de l’exaucement de nos prières pour du renfort? Dieu ne travaille pas comme nous.

Et il écrit à Alfred Boegner (i5 juillet) :

« Hélas! le cercle de notre. famille du Zambèze était si petit et voilà une nouvelle brèche ! Donc, ce 11’est plus dix, mais onze ouvriers qu’il nous faut, sans compter les docteurs et les artisans. Notre Maître 11’est pas pauvre; il n’est pauvre ni en hommes, ni en fonds, ni en amour, et Jésus nous dit : « Demandez ! priez ! » Demandons donc, prions, et nous aurons l’abondance. Ayez assez de foi pour être audacieux. »

(( Si vous saviez 2 comme mon cœur brûle en pensant au Zambèze. »

En effet, le moment était grave, la mission du Zambèze était « rachitique » ; après treize ans d’existence, elle ne comptait plus, en Afrique, que quatre missionnaires consacrés, pour cinq stations. Or, il fallait occuper les points stratégiques du pays, relier les stations existantes du haut et du bas par de nouvelles stations, faire de la mission un tout cohérent.

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