QUINZE OUVRIERS
(( De mon voyage chez Kakengé, de mes observations au contact des étrangers qui affluent à la capitale, je remportai 1 l’impression profonde de l’immensité de notre œuvre et de l’urgence extrême de ses besoins. De fait, nous ne sommes limités que par notre pénurie d’hommes et d’argent ; autrement nous pourrions nous étendre des confins du Kalahari au Congo belge et des sources du Zambèze jusqu’à son confluent avec la Kafoué. Et quand je pense que toutes ces régions sont là, devant nous, et que personne ne nous en dispute l’occupation, quelle écrasante responsabilité !
cc Le roi Léwanika n’avait pas encore postulé le protectorat de l’Angleterre, qu’à son insu, son pays tombait dans la sphère d’influence de cette puissance. La voie ferrée s’approche à grands pas, le torrent débordant de l’immigration européenne menace le peuple de son invasion et le serre de près. Est-il une heure plus critique dans l’histoire d’une peuplade africaine? L’œuvre ne s’impose -t-elle pas d’urgence ?
« Hantés, obsédés par ces pensées, Louis Jalla et moi nous quittions le Zambèze et arrivions en Europe. Nous nous sentions presque coupables de désertion en laissant à la brèche ces quelques hommes surmenés, écrasés. Leur héroïsme ! nous en étions fiers. Mais nous avions un poids sur le cœur : n’allaient-ils pas succomber dans cette lutte inégale? Et si Dieu, malgré nous, nous appelait en Europe, n’était-ce pas, peut-être, pour réclamer du secours et pousser un cri de détresse?
« Ce cri, il s’est échappé de nos cœurs : « Quinze hommes ! disions-nous, donnez-nous quinze hommes ! »
1. Jacques-L. Liénard, Notre voyage au Zambèze , préface de Coillard, p. XX-XX1.
358 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
C’est à Contrexéville que Coillard articula pour la première fois ce chiffre de quinze, lorsqu’il écrivait à Alfred Boegner le 1 1 août 1 :
« Notre dernier deuil (la mort de M. Goy), est un coup de tonnerre; réveillera-t-il nos églises et nos jeunes gens? Eh bien oui, je le crois. Il nous faut quinze ouvriers pour le Zambèze !... « Quinze ! vous n’y pensez pas, me dit quelqu’un en levant les mains au ciel. Et où prendre l’argent? » — Oui, levons les mains au ciel, les cœurs aussi, et nous aurons les hommes et l’argent, quelque audacieux que cela paraisse. Je ne puis pas m’agenouiller sans crier : « Et ces quinze, Seigneur? )>
Coillard se préparait à la redoutable campagne qu’il allait entreprendre.
« Je suis venu ici 2 faire une cure et mon docteur esl si content de moi qu’il m’assure une complète guérison. « Vous serez encore vous-même, » me dit-il . N’est-ce pas l’accomplissement de la promesse que ceux qui s’attendent à l’Éternel renouvellent leurs forces et que les ailes leur reviennent comme aux aigles? Le reste de la promesse est bien beau : « Ils courent et ne se lassent point ; ils marchent et ne se fatiguent point. » Je vais, je n’en doute pas, en faire la douce expérience dans ces visites à travers les églises et en divers pays. J’y compte. Je compte aussi sur les prières ardentes d’amis comme vous, pour demander au Seigneur que ce soit l’occasion d’un puissant réveil et d’abondantes bénédictions. Demandez, oh ! demandez avec la foi qui