RETRAITE PASTORALE
Jalla est arrivé hier, il a bien parlé. Moi, j’ai encore gaspillé cette occasion si belle de faire du bien et d’honorer mon Maître. Les excuses? elles ne manquent pas. On nous avait dit : « C’est une petite réunion familière, vous direz ce qui vous viendra à l’esprit. » Et puis l’église était pleine. J’ai bavardé quand j’aurais dû tonner. O mon Dieu, pardonne ! Voilà donc ce que j’ai fait de mon apostolat dont on attendait de si grandes choses!
23 novembre . — Journée d’agitation. Soirée avec les élèves de la Maison des Missions. Là encore... Oh! mon Dieu ! là encore, je n’ai pas su te glorifier comme tu le voulais.
16 décembre. — Je reviens de la Faculté où j’ai donné une conférence. Toujours, après une réunion de ce genre, et aujourd’hui plus que jamais, je me sens si honteux que je n’ose presque pas prier et rencontrer mon Père. Je fais un gâchis de son œuvre.
Un ami avait loué, pour Coillard, un petit appartement, io, rue Keppler; il s’y installa, le 6 décembre, avec deux nièces, et, au milieu de toute cette activité, il travaillait à son volume Sur le Haut-Zambèze, qu’une autre nièce, Mlle C.-YV. Mackintosh, dans le même temps, traduisait en anglais.
26 décembre. — J’ai fini, avec M. Raoul Allier, de revoir mes lettres pour la publication. Il est venu chaque jour. Quel excellent ami il a été pour moi ! Dieu le bénisse ! Mais ces lettres! C’est un grand souci. Ce sera un gros volume.
Il fut encore aidé dans la suite de ce travail de révision et pour la publication par M. Raoul Allier, qui se chargea de toute la partie matérielle, correction d’épreuves, etc., et par Mlle C.-W. Mackintosh.
H 64 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
io janvier i8gy . — C’est de nouveau dimanche ! Gomme les jours passent vite! Je vais partir pour Courbevoie et Puteaux et je suis dans les ténèbres. O mon Dieu! c’est moi que lu choisis pour faire ton œuvre !
Le soir de la clôture des réunions de prière de l’Alliance évangélique, Goillard écrit, cependant, dans son journal :
Je crois que nous sommes à la veille de grandes choses.
Les appels semblaient entendus et des vocations semblaient surgir. Mais quelle responsabilité pour Coillard de discerner la vocation vraie, de savoir qui il faut encourager, de lutter avec le monde, avec une famille, avec un père ou une mère, parfois si habile à dénaturer les mobiles d’une âme généreuse, si froidement raisonnable lorsqu’il s’agit d’éteindre un cœur qui s’embrase pour le bien.
Puis Coillard partit pour Montauban, où il arrivait le 19 janvier à 10 heures et demie du soir. M. le professeur Alexandre Westphal et M. Daniel Couve, alors étudiant, étaient à la gare. Les autres étudiants étaient réunis chez M. Westphal.
« Nous arrivons avec notre voyageur, raconte celui-ci, par l’allée obscure et glacée du jardin. Coillard ouvre la porte du salon : une chaude lumière et un chœur bien nourri le reçoivent : « Qu’ils sont beaux sur les montagnes... » Il écoute, immobile, saisi. Quand la dernière note a retenti, il joint les mains et dit simplement : « Prions. » Tel fut son premier contact avec la Faculté de Montauban et sa jeunesse. »
Dès ce jour jusqu’au départ, tous les matins à 7 heures et demie, Coillard présidait un culte pour les étudiants, instants bénis où plus d’un reçut le baptême de l’apostolat.
« Voilà donc ma visite à Montauban terminée L J’en ai reçu immensément de bien et de joie. On me dit que je ne suis
1. Lettres à Alfred Boegner, Montauban, 26 janvier et Bordeaux, 27 janvier 1897.
COILLARD