‹ François CoillardChapitre 166 sur 282 · A MONTAUBAN · texte numérisé non relu

A MONTAUBAN

pas le seul à en avoir reçu. Il faut bien qu’il en soit ainsi en réponse à tant de prières.

« Je viens de recevoir un bon mot de Montauban signé à profusion. On parle de quelques jeunes gens qui penseraient aux Missions. Dieu m’a donné une grande liberté et une grande joie; du reste, j’ai nagé dans le courant, donc je n’y suis pour rien. »

c< Le Seigneur sait tout et il peut tout *, nous consoler, nous fortifier, nous bénir, nous sanctifier et nous garder de chutes. Cramponnons-nous toujours plus à lui, comme le lierre à la muraille et, aussi longtemps que nous y resterons fermement attachés, rien ne peut nous ébranler, ni le vent, ni les orages.

« Je pars avec M. Jalla ce soir pour Paris. Nous appartenons à un grand Roi. »

Mais Coillard est fatigué, très enrhumé, et M. Louis Jalla, qui lui aussi voyage, tantôt de son côté, tantôt avec Coillard, proteste : « Mon cher doyen, écrit-il, a continué à se trop dépenser. Il ne veut rien refuser. Un jour, il n’en pourra plus et trop tard on dira : « Nous avons abusé de lui. » Il n’y a pas un pasteur en France qui tiendrait longtemps à cette vie. »

Le io février, réunion à l’Union chrétienne des jeunes gens de Paris.

Être trop long, c’est un crime impardonnable à Paris. Et je suis long, c’est plus fort que moi. Quand je commencerai à apprendre à parler c’est alors que je devrai partir.

Coillard continua sa course ; dès lors, M. Alfred Bertrand l’accompagna presque constamment. Ensemble, ils fondaient des

i. Lettre à Mme Wetzel, Montpellier, 4 et 8 février 1897.

366 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

Zambézias, soit de petits groupements d’amis de la mission du Zambèze, qui s’engageaient à prier pour cette mission et à en alimenter la caisse spéciale.

« Quant aux Zambézias, écrit Goillard à Alfred Boegner1, tout en me réjouissant du succès de M. Bertrand, je ne plaide pas publiquement pour elles; mon terrain est plus élevé et je ne voudrais pas rabaisser le caractère de la haute mission que Dieu a daigné me confier dans les églises. Il ne faudrait pas que ce beau mouvement devînt un piège et que nous fussions tentés de nous appuyer sur le bras de la chair. Je crois que M. Bertrand a pu, une ou deux fois, avoir l’impression que je ne le secondais pas assez, pour ne pas dire plus. Ce que j’aime dans les Zambézias, c’est le concours spirituel de tant d’amis, voilà la vraie force. Je comprends d’ailleurs vos préoccupations. Aussi longtemps que je serai là, vous pouvez compter sur moi pour collaborer à conserver l’unité de l’œuvre. Je l’ai à cœur. »

Après avoir visité Le Havre, Bolbec, Dieppe, Luneray, Coillard partit pour le Midi. Du 3 au 6 mars, il séjourna à Saint-Jean-du- Gard. Il y prit part à une retraite pastorale.

5 mars iSgy. — L’entretien sur l’évangélisation est introduit par M. Louis Jalla qui le fait très bien. A la demande de plusieurs, je prends la parole pour développer nos plans d’évangélisation à nous : notre méthode est l’agression, tandis que le protestantisme, en France, piétine sur place et ne fait pas de conquête. Ce qui le tue, c’est l’officiel, c’est aussi la déperdition des forces. Vous avez dans un village les représentants de toutes les dénominations qui se font concurrence. Il faudrait s’élever plus haut que nos clochers et

i. Bruxelles, i5 mars 1898.

EN TOURNÉE 36 y

comprendre le royaume de Jésus-Christ, en avoir une vue plus large et plus enthousiaste.

Au cours des réunions qui eurent lieu à Saint-Jean-du-Gard, M. Théophile Verdier1 se décida pour la mission.

« L’affection dont on nous entoure est touchante, écrit Coillard2. C’est l’œuvre, c’est le Seigneur Jésus qu’on aime en nous. Voilà qui fait du bien. »

<r Je soupire après une liberté et une joie plus complètes et plus grandes au service de mon Maître3. Ma personne déteint trop sur l’œuvre dont il m’honore. Et parfois je me demande pourquoi il a jeté les yeux sur moi qui gaspille si souvent les occasions qu’il me donne. Il faudrait que nous puissions laisser une trace de feu dans nos églises, et, hélas ! ce n’est guère que de la fumée.

« J’éprouve une grande lassitude en mon âme. J’ai soif de quelques moments de recueillement, et je n’en ai point. »

Par Marseille, la Côte d’Azur, Gênes et Turin, Coillard arrivait à Genève où il ne passa qu’un jour.

cc Qu’il est bon de savoir4, n’est-ce pas, qu’au milieu de toutes ces agitations, qui vous ballottent comme tout autant de grosses vagues, nous le possédons dès maintenant ce repos parfait que nous donne Jésus. Dans le ciel il serait trop loin de nous, il nous le faut ici-bas, au milieu de tous les bouleversements de la vie. Et c’est ici-bas qu’il nous l’a

1. M. Verdier partit comme artisan avec Coillard, en décembre 1898; sa santé l’obligea, en 1901, à quitter le Zambèze et depuis lors, il travaille au Lessouto, où il dirige l’école industrielle de Léloaleng.

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