Lettre au même, 8 mars
4* Lettre au même, Genève, 2 avril 1897.
368 F. COILLARD — MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
donné. Le fond de la mer n’est jamais agité, quelles que soient les tempêtes qui en agitent la surface. Et puis, comme la colombe de Noé qui ne pouvait pas même trouver où poser le pied, nous pouvons toujours voler vers lui. Il est notre refuge, c’est pourquoi nous ne craindrons point quand même la terre serait bouleversée, que les montagnes s’écrouleraient au milieu de la mer. Il garde dans une paix parfaite celui qui se repose en lui. Oh ! que j’ai besoin de me le répéter, moi qui suis si craintif, et si souvent comme la feuille qu’agite le moindre souffle !
« Me voici en Suisse. J’y viens, presque saisi d’effroi. On attend beaucoup de moi, et le sentiment de mon incapacité est toujours là qui me tourmente et m’écrase. Ah ! si ce sentiment ne pouvait que glorifier la puissance de Dieu. Mais quelquefois aussi, il me paralyse. Pourquoi toujours tâtonner dans les ténèbres et nous traîner dans les bas-fonds, quand les ailes peuvent nous pousser comme aux aigles. Priez pour moi en priant pour notre œuvre actuelle.
« M. Louis Jalla a reçu, je crois, beaucoup de bien, et il en fait beaucoup. Il est si aimable ! M. Bertrand, de son côté, rend de grands services à la cause. Il atteint une classe qui nous échappe plus ou moins. La Mission l’a vraiment empoigné.
« Mais je m’oublie. Il me semble que je me suis retrempé en vous causant. Avec d’autres, si je dis un mot de ce que j’éprouve, on croit que c’est fausse modestie ou convention. Mais quand je vous dis que je suis dans un état de faiblesse, de crainte et de grand tremblement, vous me comprenez et vous vous en souviendrez. »
Les Ponts , 5 avril i8gy. — J’ai visité la grande maison 1
i. Voy. Éd. Favre, François Coillard , enfance et jeunesse, p. 125.