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F. COILT.ARD AU ZAMBÈZE

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pauvres femmes, et les enfants de prendre la fuite. Quelques instants après, nous étions presque seuls, suivant des yeux notre troupeau qui se dispersait et nous demandant quand et dans quelles circonstances nous nous réunirions de nouveau.

cc Un homme qui me fait pitié c’est mon fidèle ami Nathanaël — un vrai Nathanaël ; il a fait de la cause de Jonathan sa cause parce qu’elle est juste. « Nous devons triompher tôt ou tard, car nous avons pour nous le droit et la justice, » aime-t-il à répéter. Certainement il devrait triompher, si le prince des ténèbres n’était pas aussi le prince de ce monde corrompu. Hélas! ce n’est pas seulement en Afrique que la force triomphe, au mépris du droit. Nathanaël est un vaillant guerrier et un habile capitaine et Jonathan doit s’estimer aussi heureux de l’avoir à la tête de ses troupes que dans ses conseils. Joël, forçant un défilé, brûlait le grand village de son père près de nous. Mais, pendant cela, Nathanaël dispersait les alliés de Joël, et empêchait leur jonction avec lui, puis, vers le soir, il mettait Joël lui-même en fuite. Joël rallia ses troupes et revint occuper la montagne de Léribé.

cc Le vendredi 4 mai, anniversaire de naissance de Jeanmairet, nous nous étions levés de bonne heure et mis en frais pour fêter notre ami. Nous avions à peine arrangé quelques fleurs, avec quelques petits cadeaux, qu’avant déjeuner déjà, la station était investie par les guerriers de Joël. Nous avions chez nous des femmes, des enfants qui avaient fui de leurs villages incendiés et qui s’imaginaient trouver un refuge ici. Hélas! ces hommes, sourds à mes remontrances, se jetèrent sur elles, les dépouillèrent de leurs manteaux, se précipitèrent dans les maisons et pillèrent tout. Je pus les contenir pendant quelque temps, mais de nouveaux arrivés qui m’évitaient ne respectèrent plus

LÉRIBÉ envahi

rien. A l'extrémité de nos masures nous soignions, dans une maison nouvellement reconstruite, une jeune femme malade. C’est Bérénice Nkhapiseng, la fille aînée de Nathanaël, une personne d’élite. Elle est alitée, depuis notre retour, par une tumeur cancéreuse au genou, qui, je le crains, la conduit rapidement au tombeau. Elle est admirable de piété, de patience, de douceur. MM. Gautier et Jeanmairet ne la quittèrent pas un instant et réussirent à la protéger contre les mauvais traitements dont on la menaçait et à empêcher l’incendie de sa maison. Je montai immédiatement à cheval et me rendis au camp de Joël qui me reçut avec déférence ; il promit de donner des ordres pour qu’on ne nous inquiétât plus, mais, en même temps, il ferma l’oreille aux conseils de modération que je m’efforçai de lui donner. « Plus de quartier, me disait-il, nous nous vengeons. » Les atrocités commises ne se décrivent pas. Ça fait frémir.

« Nous avons passé deux jours de grande angoisse et nous ne savions trop jusqu’à quel point on respecterait notre maison. C’était cependant notre dernière préoccupation. Nous souffrions pour ces femmes et oes enfants qu’il n’était plus en notre pouvoir de protéger. Après qu’on eut fait évacuer la station à tous ces malheureux fugitifs, on nous traita avec le plus grand respect.

ce Le dimanche 6 mai fut un des jours les plus tristes dont je me souvienne. Les gens brûlaient la dernière maison de Molapo. C’était un petit bijou de maison, planchéiée, plafonnée, tapissée, bien meublée, entourée d’une véranda spacieuse : une demeure à tous égards digne d’un chef aussi riche et aussi ambitieux que l’était Molapo. Je l’avais meublée, ma chère femme en avait elle-même cousu tous les rideaux. C’était ce notre maison », comme disait Molapo, bien que nous n’y eussions rien mis du nôtre. De bonne

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heure on y mit le feu, elle brûla deux jours. Ce grand et beau village n’est plus qu’un tas de cendres1.

« Nous eûmes nos réunions dehors, près de Bérénice que nous avons portée chez Rahab. Nous n’avions que quelques femmes, quelques petits enfanls et deux jeunes gens ! Et tout le temps que nous étions là, nous avions les yeux sur les guerriers de Joël qui allaient et venaient.

« Hier, Joël est retourné chez lui, la division ayant éclaté parmi ses troupes. Je me rendis immédiatement, avec Jeanmairet, au Camp où l’on fut heureux de nous revoir. Nous sommes revenus avec la poignante conviction qu’il n’y a pas de paix possible pour le moment. Du reste, je ne suis pas seul à partager cette conviction.

« Je tremble à la pensée des représailles terribles auxquelles on se livrera des deux côtés. Hier, pendant que j’étais au Camp, Jonathan avait un pitso2. Je le suppliai de ne pas faire la guerre par vengeance. On voyait alors tourbillonner les flammes et la fumée des villages que venaient d’incendier les « rebelles ». On vint annoncer que, dans le village du chef Sélébalo, on avait tué des hommes et de petits garçons et Sélébalo lui-même en amenait deux, dont le crâne était fracassé. Jonathan me répondit: « Je suis trop faible pour me venger, mais si je le puis, je le ferai. »

« Voilà donc notre jubilé ! Nous devrions partir dans trois semaines! Impossible. M. Boegner pourra-t-il venir ici? et que verra-t-il dans ce district incendié? »

« Nous avons le cœur gros 3, mais nous espérons encore que Dieu se souviendra de cette tribu en faveur de laquelle

1. Voy. dans Éd. Favre, François Coillard missionnaire au Lessouto, p. 4 84, 4^5, 49^, 5 1 3 et 521, les dessins de M. F. Christol, représentant le Camp, le village et la maison de Molapo après la guerre des Fusils.

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