‹ François CoillardChapitre 192 sur 282 · Lettre à Mrae J.-L. Micheli, Séchéké, 7 juin · texte numérisé non relu

Lettre à Mrae J.-L. Micheli, Séchéké, 7 juin

2. Journal de voyage, impr. dans J. M. E., 1899, 2e sem., p. 26 et suiv.

ALFRED BOEGNER

vices, il saute bravement dans une de ces carrioles qu’on décore du nom de malle-poste, et, tout malade qu’il est, ballotté sans pitié, de nuit comme de jour, par des chemins qui n’ont pas leur équivalent en Europe, il franchit les distances et arrive à Maféking, où on le dépose plus mort que vif, le jour où j’aurais dû partir. Jugez de notre rencontre ! Les moments s’envolent et on voudrait les retenir. Nous avons tant à nous dire que, chose étrange, nous ne nous disons presque rien, et, en nous séparant pour la nuit, chacun se reproche à lui-même sa sensibilité et ses oublis.

Il est évident qu’une simple entrevue ne nous suffit pas. Ce ne sont pas des heures, mais des jours qu’il nous faut passer ensemble. Une seule solution s’impose. M. Boegner l’a compris ; aussi, malgré ses fatigues et la lièvre qui le dévore, décide-t-il de nous accompagner jusqu’à Boulawayo. Cela lui permettra de faire connaissance avec les différents membres de la colonne. Pour moi, je l’avoue, il y avait d’autres raisons, et d’un ordre tout personnel : si bienfaisante que me soit la société d’un ami comme M. Boegner, et si précieux que me soient ses conseils, il me semblait que la présence du Directeur, ainsi que celle d’un homme d’affaires tel que lui, était voulue de Dieu, pour alléger la lourde responsabilité financière qui pèse sur moi. Il verra par lui-mème, le Comité de Paris, comme nos amis, verront par lui, l’emploi des fonds qui me sont confiés, et tous comprendront combien c’est plus agréable et facile de recueillir l’argent sou par sou, franc par franc, que de le dépenser par schellings et par livres. »

Palapchoaé , io-ii mars . — Station de Palapchoué : voilà du nouveau ! La station du chemin de fer se trouve à 16 kilomètres du village de Khama, et, comme c’est la nuit, il faut nous décider à coucher à l’hôtel.

Le lendemain, une voiture à quatre chevaux nous empor-

F. COIULARD AU ZAMBÈZE

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tait à Palapchoué. Notre première visite est pour mon vieil ami Khama. D’aussi loin qu’il nous voit, il vient au-devant de nous en souriant. Nous ne faisons que passer au lékhotla pour saluer les hommes qui s’y trouvent, et nous nous rendons chez le chef. Nous causons, mais j’ai de la peine à retrouver Khama. Il a l’air profondément triste et abattu; quand il parle, il s’anime; mais, du moment qu’il ne prend plus une part active à la conversation, il s’affaisse et s’assoupit. Chez lui, le ressort est brisé.

Le lendemain, dans une course à cheval qu’il fit avec nous, il était redevenu lui-mème et me parlait librement, à cœur ouvert, de ses difficultés et de ses épreuves.

Une autre ombre à notre visite à Palapchoué, c’est que M. Boegner a été si malade qu’il a dû garder le lit presque tout le temps.

Boulawaijo, 12-ij mars i8gg h — Nous y sommes enfin. Il faut se jeter, tête baissée, dans les affaires. La grosse question, c’est celle de nos bagages, non pas exclusivement ceux des dix-huit personnes qui composent l’expédition, sans compter Sémondji et Samata, mais les approvisionnements des missionnaires qui sont au Zambèze et ce qui appartient plus directement encore à la mission : outils, médicaments, presse, canots, etc.

Au milieu de tous ces embarras matériels, comme on fait l’expérience de la bonté et de la fidélité de Dieu ! Rien de ce qui touche ses enfants n’est trop petit à ses yeux.

Boulawaijo , dimanche ig mars. — L’administrateur, le capitaine Lawley, m’a invité, pour un repas, à la maison du gouvernement; c’est la maison de Gecil Rhodes. Elle est située sur le même plateau où Lobengoula avait sa capitale dont les derniers vestiges ont récemment disparu.

1. Journal de voyage, impr. dans J. M. E 1899, 2e sem., p. 3o et suiv.

A BOl’LAWAYO

Nos amis, les quatorze % sont arrivés vendredi soir, 1 7 mars. Quelle émotion! Nous avons été les recevoir à la gare. M. Boegner n’était pas là. Ses attaques de fièvre étaient si fréquentes et si violentes que le docteur l’envoya à l’hôpital. Il nous inquiéta meme. Mais il prit vite le dessus et hier, samedi, un ami, M. Walker, l’a emmené à sa maison de campagne1 2 3 * *. Quels bons entretiens nous avons eus ensemble! Gela fait du bien.

« L’après-midi du dimanche, écrit un des membres de l’expédition % fut consacré à une réunion chez des amis de M. Coillard avec ce dernier et M. Boegner. C’était tout ce qu’il y a de plus émouvant. Nous avons commencé en chantant : « Oui, je bénirai Dieu tout le temps de ma vie. » Puis, M. Liénard a fait la prière suivie par le cantique « En toi, Seigneur, j’ai mis ma confiance ». M. Boegner nous a lu Romains 1, 8-17; ensuite il nous exprima sa joie profonde d’avoir réussi à venir à Boulawayo, puis il nous donna des conseils pour notre vie en mission. Nous avons senti, en ce moment même, toute la responsabilité que notre tâche nous imposait. M. Coillard, reprenant une des dernières phrases de M. Boegner : « Le succès d’un missionnaire dépend de la santé de son âme, » ajouta quelques paroles « Pour ma part, dit-il, je crois que le succès du missionnaire dépend de l’amour qu’il a pour le païen. Il est très facile à aimer de loin, mais, vu de près, couvert d’ocre et de graisse, il est facilement un sujet d’aversion. » Mon

1. Le renfort des « quatorze », qui s'était embarqué pour l'Afrique le 1 1 février 1899 à Southampton, se composait de MM. Jacques Liénard, Théophile Burnier et Juste Bouchet, missionnaires consacrés, de Mmes Liénard et Bouchet, de M. R. de Prosch, missionnaire consacré et docteur en médecine et de Mm3 de Prosch, de M. et Mme Elie Lemue, aide-missionnaires, de M. et Mme Émile Rittener et de M. et Mme Henri Martin, artisans, et de M1!e Éva Dupuy, institutrice. A ces quatorze étaient venus se joindre M. Paul Ramseyer, missionnaire consacré, et M10 Ramseyer qui étaient partis en octobre 1898 et avaient séjourné quelques mois au Lessouto, et M. Théophile Verdier qui était parti avec Coillard.

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