LE PÉCHÉ
chaude, je me tenais devant cette petite fenêtre ouverte où elle s’était tenue, elle-même, appuyée sur moi, et où elle avait eu la vision qui la mit dans l’extase et lui arracha cette exclamation: cc Que c’est beau! que c’est beau!... » Hier soir aussi, comme alors, il pleuvait et la pluie, tombant du toit et dégouttant de feuilles en feuilles sur les arbres verts qui ombragent encore le devant de la vieille chaumière, faisait revivre toute la scène d’il y a huit ans avec une réalité poignante.
Je ne suis, pas plus que le premier jour, accoutumé à la solitude où elle m’a laissé. Mais mes yeux sont moins fixés sur la séparation elle-même que sur le moment du revoir, et je tressaille de joie en pensant que ce moment est déjà rapproché de huit ans. Ainsi la douleur n’a plus son aiguillon, mais elle porte avec elle une vive espérance qui l’illumine.
Coillard retrouvait à Léalouyi, entre autres sujets de préoccupation, Ngouana-Ngombé, avec lequel il eut, dès son arrivée, un entretien, et Léwanika.
« Mon retour ici a été salué avec une grande joie par tout le monde, par les chefs et par le roi surtout1. Malgré ce qu’il m’a fait souffrir autrefois, le roi Léwanika est un homme que j’aime. Je demande à Dieu de m’accorder la grande joie de le voir se convertir avant ma mort. Hélas ! il ressemble à beaucoup de personnes qui se contentent d’écouter l'Evangile, qui ont d’excellentes dispositions et qui espèrent ne pas mourir sans avoir fait la paix avec Dieu. La conversion, le renoncement au monde, on repousse cela aussi loin que possible, pour la dernière maladie et les derniers jours de la vie. »