‹ François CoillardChapitre 200 sur 282 · A Mme Françoise Gauthier, Léalouyi, 27 février · texte numérisé non relu

A Mme Françoise Gauthier, Léalouyi, 27 février

Léwanika faisait construire, pour ses femmes, une douzaine de maisons à l’européenne ; ainsi son harem devait occuper la plus grande partie de la capitale et le roi imposait à ses sujets, pour ces travaux, de terribles corvées. Goillard, sans se lasser, reprit son ministère auprès de ce roi inconstant.

i6T octobre i8gg. — J’ai eu un entretien avec le roi, il dit qu’il ne lit plus, qu’il ne sait plus lire, qu’il n’a autour de lui que des gens qui sont indifférents aux choses de Dieu. Mais il nie qu’on lui conseille de ne pas se convertir.

Mercredi 22 novembre. — Lundi dernier, je suis resté longtemps avec le roi, dans sa chambre, à causer sérieusement : (( Ah 1 disait-il, c’est bien moi qui suis Naaman ! Je voudrais être guéri du péché et me convertir, mais je ne sais pas ce qui me retient. » Nous avons lu ensemble quelques chapitres. Il était heureux.

Un peu plus tard, Coillard écrit* 1 :

« Le roi, lui, est toujours le même caméléon, tout plein de contradictions. 11 est aimable envers nous et particulièrement bon et rempli d’égards pour moi : jamais je ne l’ai connu aussi serviable et aussi gracieux. Il prétend apprécier beaucoup mes conseils. Aussi, quand j’ai combattu le projet, qui était son grand rêve, d’aller en Europe, il a déclaré y renoncer tout à fait, et je crois qu’il est sincère. Malheureusement, il y a d’autres influences à l’œuvre, et, si l’on parvient à lui faire adresser une invitation de Londres, je 11e réponds plus de sa résolution actuelle.

cc Au point de vue religieux, les bonnes dispositions sont toujours là, mais il y a eu recul. La passion de l’argent,

1. A Alfred Boegner, Léalouyi, 22 janvier 1900, impr. dans J. M. E., 1900,

ier sem., p. 487-488.

LEWANIKA

l’habitude d’une vie licencieuse et la crainte des hommes, dont il est la victime, nous rappellent constamment la douloureuse réflexion du Sauveur : <t Qu’il est difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieux ! » L’autre jour, dans l’une de mes visites, je lui faisais lire la conversion de l’Ethiopien (Actes vin), ce qui l’intéressa beaucoup et donna lieu à un long et sérieux entretien. Il reconnut qu’ « une fois » il avait été bien près du royaume de Dieu. <r Et alors, si tu t’étais converti et franchement donné au Sauveur, ne croistu pas qu’il y aurait eu de grands changements autour de toi? Tandis que maintenant, tu es, devant la porte de l’Eglise, un obstacle pour beaucoup qui pourraient y entrer. » — « Peutêtre, répondit-il, mais si je m’étais converti et que plusieurs de mes gens m’eussent suivi, ce n’eût pas été une vraie conversion, tu peux le croire. Et alors, quel gain eût-ce été pour l’Evangile ? »

« Ne nous décourageons pas. Pour moi, je dis : « Je crois, Seigneur, mais aide-moi dans mon incrédulité. »

Le 24 novembre, à Loatilé, plusieurs personnes furent mordues par un chien qu’on croyait enragé ; Goillard, pour secourir les blessés, ouvrit un flacon d’ammoniaque : le liquide, qui avait été exposé au soleil, lui jaillit dans les yeux et dans la bouche. La souffrance fut atroce et on crut d’abord qu’il perdrait la vue.

Le lendemain de l’accident, les collègues de Coillard se réunissaient dans sa chambre pour le culte du matin. Il demanda à M. Liénard de prier pour qu’il ait une soumission entière. «A sa requête, écrit M. Liénard1, nous avons chanté :

Oui, je bénirai Dieu tout le temps de ma vie.

Quelle prédication que ce chant, dans cette chambre ! »

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