J. M. E., 1900, ier sem., p. 3o2 et suiv
F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
Le 3 décembre, Coillard acquérait la conviction que sa vue était intacte et il reprenait son journal :
J’étais aveugle, mais maintenant je vois. Gloire à mon Dieu ! Il est bon et sa miséricorde demeure à toujours !
Ce fut durant ces jours de repos forcé, de silence, de recueillement, que Coillard triompha de la crise morale qu’il traversait depuis son arrivée au Zambèze.
« Si Dieu m’a rendu la vue \ c’est qu’il a encore quelque chose à me donner à faire ici. Il m’avait mis en demeure de voir ma carrière se clore brusquement dans une cécité complète. Je m’y étais résigné en gros, comme nous le faisons dans les grandes circonstances de la vie. Mais, comme un bon et tendre Père, il savait ce que j’aurais trouvé de souffrance quotidienne à être condamné à l’inaction et à me sentir à charge à quelqu’un. Et, dans sa bonté, il m’a épargné cette douloureuse épreuve.
« Je comprends, aujourd’hui, pourquoi il a permis cet accident. Depuis mon retour ici, j’éprouvais une lassitude morale et physique qui me faisait soupirer après quelques jours de solitude et de repos. A la suite de mon accident, pendant plusieurs semaines je ne pus ni lire, ni écrire et, comme chacun a ses occupations, j’étais laissé à moi-même. C’était le repos que je cherchais. Vous dirais-je combien ce temps de relatif isolement a été béni pour mon âme? Vous le comprenez. Ah! mon cher ami, quels mauvais écoliers nous faisons et que nous avons la tête dure ! Que nous avons besoin d’une forte discipline !... Mais je ne parle que de moi ici.
i. Lettre à Alfred Boegner, Léalouyi, 22 janvier 1900, impr. dans J.M. E.f 1900, ier sem., p. 482 et suiv.