Lettre à M. J. Bianquis, Léalouyi, 28 mai igoo
F. COILLARD
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
la paix aux nations comme aux individus. Aujourd’hui, celle affreuse guerre nous donne un flagrant démenti : « Vous professez, me dit Léwanika, de nous apporter un Evangile de paix et nous vous avons crus, car, depuis votre arrivée ici, nous avons du sommeil. Mais quel est donc l’Evangile qui a été prêché à ceux qui s’entr’égorgent — Boers et Anglais — comme nous le faisions dans les vieux jours de ténèbres ? )) Que dire ?
Lors même que Coillard eût surmonté la crise morale provoquée en lui par le sentiment du péché, il eut encore de terribles moments, lorsqu’il vit, peu à peu, se disloquer le renfort sur lequel il avait fondé de si grandes espérances. Aussi persista-t-il à écrire très peu. Se sentant arrivé près du terme de la carrière, il aurait voulu voir encore la mission du Zambèze prendre un nouvel essor, et de nombreuses stations se fonder dans le royaume de Léwanika converti. S’il désirait ardemment cet exaucement, ce n’était pas à son point de vue personnel, mais parce que c’eût été pour l’Eglise une puissante apologie des Missions.
Au cours de cette lutte, Coillard avait envisagé toutes les éventualités, et il était décidé à obéir :
c( Je ne sais pas trop quelle sera la solution que me réserve un prochain avenir1. Je n’ai qu’un seul désir, c’est de mourir au Zambèze. Mais Dieu veut-il m’en arracher et me montrer ainsi que, non seulement je ne suis plus utile à la mission, mais que ma retraite en servirait mieux les intérêts? C’est possible. J’essaie de me faire à cette idée douloureuse. »
Le 3i août 1900, repassant dans son esprit les épreuves traversées depuis son retour, il écrivait dans son journal :
On s’étonne en Europe que j’aie gardé le silence ! Ne me
. A Alfred Boegner, Léalouyi, i5 mai 1900.