FIN DE LA CRISE
entreprise et que c’est lui qui nous a conduits. Nous pouvons sans ostentation nous rendre le témoignage que c’était pour nous une œuvre de prière, d’amour et de foi. Et si d’aucuns, qui ne peuvent sonder les secrets du cœur, osent, après nos désastres, nous attribuer des motifs d’amourpropre et de vaine gloire, nous les répudions avec autant de douleur que d’indignation.
« Jésus a dit : « Demandez au Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. » Nous l’avons cru sur parole; dans la simplicité de notre foi, nous lui avons demandé des ouvriers et il nous les a donnés. Il a inspiré à son peuple un joyeux esprit de sacrifice, tel que les annales de nos missions en offrent peu d’exemples. Cette spontanéité merveilleuse, qui a mû les riches comme les pauvres, n’étaitce pas en soi une ondée de bénédictions et un spectacle cligne des anges et de l’Eglise du Seigneur?
« Une année s’est à peine écoulée depuis notre arrivée au Zambèze, et déjà nos rangs se sont éclaircis. Pourquoi? A quoi bon cette perte ? Laissons à Dieu la réponse ; ses voies ne sont pas nos voies; elles sont insondables; nous 11e savons pas maintenant ce qu’il fait; nous le comprendrons plus tard. En attendant, répétons-le avec assurance, rien n’est perdu de ce qui est fait pour notre Seigneur Jésus; rien, pas même le parfum de grand prix qui, d’un vase brisé, est répandu sur ses pieds. Il est digne des sacrifices les plus grands, et, pour lui, rien n’est trop précieux : ni les positions sociales, ni la haute culture, ni les talents, ni la jeunesse avec toute sa généreuse impétuosité et ses rêves d’avenir. A lui de disposer, à son gré, de l’offrande qu’il daigne accepter de nos biens et de nos vies ; nous la faisons sans réserve.
« Si l’affection dont le peuple de Dieu nous entoure risque de nous éblouir et de nourrir nos illusions, le Seigneur, par
F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
ces coups terribles, nous ramène à la réalité. Sans poésie aucune, nous végétons dans ce climat meurtrier, nous nous débattons avec la fièvre, nous luttons avec les difficultés et les privations, nous semons avec larmes dans un terrain des plus ingrats. Tout nous dit que, dans ces jours mauvais, nous ici et vous là-bas, faisant la meme œuvre, nous devrions être des hommes et, jusqu’au bout, payer de notre personne.
« Et quant aux besoins, ah ! Messieurs, le Sauveur pourrait nous dire comme à ses disciples : « Levez les yeux et regardez les campagnes qui sont déjà blanchies et prêtes à être moissonnées ! 1 »
Mercredi / i juillet. — Je suis malade depuis samedi dernier, je me traîne péniblement. Les insomnies se multiplient. L’état de l’œuvre me poursuit nuit et jour. Plus je prêche, visite et prie, plus les âmes s’endurcissent.
Je me demande s’il y a dans ma prédication, dans ma vie, dans ma manière d’évangéliser, quelque chose qui fait obstacle à l’œuvre de Dieu.
1 y juillet i (joo. — Quelle année a été celle-ci pour moi 1 « Travaillé toute la nuit sans rien prendre! » O mon Dieu! si tu me commandes encore de jeter le filet, à ta parole, je le ferai, mais, donne-moi force, courage et sagesse, donne-moi ta grâce.
Nouvelle insomnie la nuit dernière. J’ai eu mille peines à garder le lit jusqu’à 3 heures et demie. J’eus alors des heures silencieuses et bénies dans mon cabinet.
i. La Conférence de Léalouyi avait déjà, en février 1900, exposé ses demandes de renfort. Dès lors, il y avait eu de nouvelles morts et de nouveaux rapatriements. Le renfort, jugé strictement nécessaire pour 1901, s’élevait à onze unités. En avril 1901, le renfort envoyé se composait de Mlle Kiener, qui avait quitté le Zambèze en congé en 1898, d’un ménage de missionnaires italiens, M. et Mme Albert Lageard, de deux institutrices suisses, Mlles Françoise Glauser et Isabelle Roulet, et d’un artisan, M. Maurice Anker.