‹ François CoillardChapitre 212 sur 282 · LE ROI S’ÉLOIGNE · texte numérisé non relu

LE ROI S’ÉLOIGNE

Le soir, Coillard reçut ses collègues de Léalouyi à dîner :

Des souvenirs de Léribé, de la guerre de 1864, de l’exil, etc., ont été évoqués, au point de me rendre profondément triste.

D’importants entretiens avec le roi s’étaient succédé durant le mois de juin.

Le 4 juillet, Coillard et Jacques Liénard dînaient chez le roi : « Vers la fin du repas, Coillard mit sur le tapis la grande, l’éternelle question du salut des Zambéziens et de leur roi1. Coillard termina par un mot sévère, rappelant l’ordre de Dieu à Samuel : « Ne m’importune plus au sujet de Saül, je l’ai rejeté !» Il a souhaité au roi qu’il n’en fût pas de même pour lui. »

6 juillet . — Le roi ne comprend pas que j’ose dire qu’il entrave l’œuvre. Il me redit toujours sa phrase : « Ce n’est que mon corps qui manque. » Il énumère tout ce qu’il fait pour l’école et pour l’Evangile. Il croit, lui, au salut par les œuvres et il met sa doctrine en pratique.

Dimanche 8 juillet. — Au moment du culte un messager vint m’apporter les salutations du roi. oc Il ne vient pas ? — ce Non. » — « Pourquoi ? il n’y a pourtant pas de vent. Est-il malade ? y> — oc Non ! mais il m’a dit que, si tu en demandais la raison, je devais dire : oc Pour rien! » J’en suis triste. Le roi va décidément à la dérive. La construction de son harem est comme une rupture avec nous et une profession publique de retour au paganisme.

Le roi estimait qu’il 11’avait plus besoin de chercher des excuses, il ne se souciait pas de venir au culte et il le fit comprendre aux missionnaires afin qu’ils le laissassent tranquille.

1. Lettre de J. Liénard, Léalouyi, 9 juillet 1900, impr. dans J. M. E 1900, 2e sem., p. 4i5 et suiv.

F. COILLARD

MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

« Le message du roi, raconte Jacques Liénard r, fut pour Goillard un coup terrible. Le soir il avait une forte fièvre; il ne ferma pas l’œil, hanté, à chaque moment de la nuit, par le spectre du royal ami qui, délibérément, va à sa perte. Le lendemain, il n’était plus que l’ombre de lui-même, triste, muet, accablé. Sans cesse, k a pensée errait dans le maudit harem et allait chercher, dans son obscure demeure, le roi païen.

« M. Goillard ne s’est pas senti le courage de renouveler une tentative pour arriver au cœur de Léwanika. Malgré toute sa foi et tous ses efforts, la tristesse et l’abattement semblaient l’avoir vaincu. Il me disait :

« Quelqu’un m’a un jour écrit : « Il faut que vous ayez bien de la foi pour croire encore à la conversion du roi des Barotsis. » J’ai toujours vu dans cette parole, non un avis dicté par l’esprit de Dieu, mais un soufflet de Satan. Et cependant, cette parole vient me hanter, quand je me mets à prier pour Léwanika. »

Samedi 21 juillet. — Avant-hier, jeudi soir, entrevue inoubliable avec le roi. Liénard était là et, à ma requête, le roi a fait venir le Ngambéla. Après le dîner, j’en suis venu, sans préambule, à l’objet de l’entrevue.

« J’avais mis tout ce que j’avais à lui dire1 2 par écrit, sous forme d’une lettre que je lui lus moi-même et que je commentai. C’est un document où j’avais mis mon cœur et que j’avais accompagné de beaucoup de prières :

Léalouyi, 12 juillet 1900.

(( O Roi !

« C’est comme ton ami — et tu sais mon aiïection et ma

1. Lettre de J. Liénard, Léalouyi, 9 juillet 1900, impr. dans J. M. E., 1900, 2e sem., p. 4i5 et suiv.

2. Lettres à Alfred Boegner, Léalouyi, 23 juillet 1900 et à M. Edouard Favre, Léalouyi, 8 octobre 1900, impr. dans le Bulletin du Sou du Zambèze, 3e année, mars 1901, p. 2 et suiv.

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