‹ François CoillardChapitre 214 sur 282 · Littéralement: « Te mordre l’oreille · texte numérisé non relu

Littéralement: « Te mordre l’oreille

PAUVRE LEVVAN1KA

l’abandonna, ce fut la ruine de son pouvoir. Ne vois-tu pas qu’autour de toi, partout, ce ne sont que des ruines de royautés ? Où sont celles de Lobengoula, de Kangombi, de Motianivo, de Mosili et d’autres qui ont fermé l’oreille à tout avertissement? Tu es seul comme une hutte au milieu d’un village de ruines. Hélas ! hélas ! ils sont aveuglés ceux qui vont périr !

ce Je tremble pour tou, mon ami ; tu t’es engagé dans une malheureuse entreprise, elle a déjà couché des cadavres par terre et répandu du sang; la mort monte la garde à la porte de ces maisons, c’est effrayant. Et puisque tu es à la tête de cette nation, ne la conduis pas à sa perte.

« Tu es mon ami, tu respectes les missionnaires, tu favorises les écoles et tu dis : « J’aime les choses de Dieu, vous le voyez bien, que me demandez-vous de plus? Moimême ?» — ce Oui ! toi-même, car Jésus a dit : ce Celui qui n’est pas avec moi, est contre moi. »

Cette lettre fit sur lui une évidente impression. Je la commentai avec force et hardiesse, ce Tu es un homme que le courant emporte et va précipiter dans l’abîme. Tant pis si, pour te sauver, je te blesse et t’arrache les cheveux. » Il était effaré, les yeux lui sortaient de la tête, il tremblait, mais... « Que puis-je répondre? dit-il. Que puis-je dire? Je suis le coupable. » Le Ngambéla, évidemment intimidé par la colère contenue du roi, me remercia dans un discours. Un long silence s’ensuivit. Nous priâmes et partîmes.

J’eus une mauvaise nuit de fièvre ; hier, toute la journée, je souffris le martyre. Aujourd’hui, je me sens soulagé, mais faible. J’ai joui de ce temps de repos et de communion.

« Pauvre Léwanika ! 1 Je prierai pour lui et je pleurerai

i. Lettre à Alfred Boegner, Léalouyi, 23 juillet 1900.

F. COILLARD

MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

jusqu’à ce que le Seigneur me dise, comme à Samuel, que c’est assez. »

Au commencement d’août, Goillard voyant que le roi, malgré ses conseils, persistait dans son entreprise, lui envoyait une lettre qui se terminait ainsi :

« Sous ton règne l’esclavage est une chose dure. Tu fermes les yeux; il t’importe peu que tu fasses violence aux sentiments de tes sujets et de tes esclaves. Mais moi, ton pasteur et ton vrai ami, je pense avec tristesse à la parole du Livre de Dieu qui dit : « Celui qui sème le vent récoltera la tempête. » (Osée, îv, 7.)

« Ton ami, F. C. »

Un autre sujet de grande tristesse pour Coillard était la duplicité du roi dans l’affaire éthiopienne.

Le 6 novembre 1900, il écrivait à Georges Appia :

« Vous savez combien j’avais pris à cœur l’évangélisation de l’Afrique par ses propres enfants.

« Le fond du caractère noir est soupçonneux et nos chrétiens en ont conservé une forte dose. A peine sortis des ténèbres du paganisme, ils ne savent pas encore agir en pleine lumière, comme des hommes. Il leur faut, tout au moins, un demi-jour, et alors ils sont dans leur élément pour les intrigues et les tripotages. C’est ce qui vient d’avoir lieu ici. Et nous sommes tombés des nues quand tout cela est venu au jour. Je n’aurais pas pu le croire. Notre Willie, homme à mine douce et aimable, qui n’allait au Lessouto que pour s’y marier et plaider la cause de notre mission, avait déjà, avant de partir, fait tous ses plans avec Léwanika pour nous supplanter. Pendant qu’on lui faisait un accueil

enthousiaste à Morija, il était déjà en pourparlers avec les Éthiopiens. Il jeta le masque et rompit avec nous.

a Mais, longtemps avant cela, il entretenail une correspondance active avec le roi Léwanika. Il avait pris toutes ses précautions pour que nous l’ignorions. Ses lettres étaient recommandées ; l’une même n’était pas signée de lui, mais, dans une autre, il s’en avouait l’auteur. N’a-t-il pas fallu que, l’an passé d’abord, et cette année ensuite, Léwanika nous envoyât ces lettres pour les lui lire ?

« Les prétentions de ces missionnaires éthiopiens ne sont pas peu de chose et ils ont au moins, pour les justifier, les hommes et l’argent.

« J’ai lu à Léwanika toutes les lettres de Willie, sans omettre les traits empoisonnés lancés à notre adresse. Léwanika, en rusé diplomate, répondit que s’il accueillait ces missionnaires noirs, c’est qu’ils étaient « mes enfants et ne pouvaient pas enseigner autre chose que moi ».

(( Le lieu désigné pour leur établissement est à l’entrée du village, sur un tertre où nous aurions voulu nous établir.

« Il ne faut pas se le dissimuler, la question est grosse de conséquences. Ce qui charme Léwanika, c’est d’avoir des interprètes et des secrétaires compétents à ses ordres, sans rien perdre de notre côté. Pour nous, la question se pose différemment.

(( Bien que ces Éthiopiens se soient mis, vis-à-vis de nous, sur un pied d’hostilité, ce sont des chrétiens et des hommes capables. Ils prêcheront le Christ dans un esprit de contradiction, mais ils le prêcheront. Le courant sera fort, peutêtre même irrésistible pour nos chrétiens et nos évangélistes zambéziens. D’un autre côté, nous sommes mal outillés pour notre grande école, ce qui est, pour nous, un sujet journalier de soucis et de tristesses. Même à supposer que Sémondji et Nyondo résistent à la tentation et nous restent

F. COILLARD AU ZAMBLZE

F. COILLARD

MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

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fidèles, quelque temps au moins, ils ne sont à la hauteur de leur tâche ni pour l’enseignement, ni pour la discipline. Si ces Ethiopiens avaient commencé une œuvre dans un coin du pays, comme je le leur avais suggéré, il nous eût été facile d’en prendre notre parti; mais ils viennent à la capitale même, avec l’appui du roi et des chefs, naturellement pour nous supplanter. Et, s’ils sont assez forts, ils feront de même à Nalolo et à Séchéké ! Que faire ?

« Pour ma part, en conscience, je ne puis me mettre sur un pied de rivalité avec des Bassoutos, nos enfants en la foi. Ils ne feront pas l’œuvre comme je le voudrais, <;’est sûr ; mais, s’ils la font, c’est le Maître qui en jugera.

« Ah ! si seulement nous étions mieux outillés pour nos écoles ! La tâche nous écrase. Mais, sûrement, Dieu ne nous demandera pas plus que nous ne pouvons donner. Et il veille lui-même sur son œuvre. Si nous ne sommes pas capables de la faire, ou si nous en sommes indignes, ne nous étonnons pas et ne murmurons pas s’il la confie à d’autres. C’est humiliant, mais c’est juste. »

Enfin, le roi était très préoccupé d’un voyage en Angleterre ; les Barotsis comptaient sur Coillard pour l’accompagner, mais •celui-ci s’y refusait et s’opposait au voyage.

3o janvier igoi. — L’autre jour, Léwanika lui-même m’entreprit sur le sujet :

— Pourquoi ne veux-tu pas que j’aille en Angleterre, comme Khama, et que je voie la reine?

— Tout simplement parce que tu es Léwanika et que tu n’es pas Khama. Khama, lui, s’est converti tout jeune comme Litia et n’a jamais été que monogame et chrétien. Il était depuis longtemps connu comme tel en Angleterre. Et puis

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