OBSTACLES A LA CONVERSION -DU ROI
sa lutte, avec les blancs, contre les liqueurs fortes l’a rendu encore plus populaire. Aussi, lors même qu’il allait en Angleterre pour affaires politiques bien définies, il a trouvé dans le monde chrétien une multitude de gens qui l’ont reçu à cœur ouvert. Toi, tu n’as aucune affaire politique qui nécessite ta présence en Europe, et puis tu es franchement païen, mais un païen qui a été sur le point de se convertir et qui est retourné dans la fange du paganisme.
— Tu crois, me demanda-t-il en me regardant en face, que j’ai été sur le point de devenir chrétien?
Je lui rappelai alors comment il discutait avec moi les conséquences de sa conversion.
— Je m’en souviens bien, dit-il.
Puis je lui rappelai la question de ses femmes.
— Et qu’est-ce que je disais d’elles?
— Tu le sais mieux que moi. Mais, depuis lors, tu es retourné en arrière, et ces maisons européennes, c’est ta profession bien affirmée de polygamie. Qu’irais-tu faire en Europe? Je te le demande, même si tu voyais la reine et tous ces grands personnages pendant quelques jours, que feraistu ensuite? Ce n’est pas mon monde à moi; je n’ai de commun avec ces gens-là que la politesse, rien de plus ; mon monde à moi, ce sont les chrétiens, mais tu y es étranger, complètement étranger, toi.
Gela le rendait sérieux:
— Quels sont, penses-tu, les obstacles qui m’empêchent de devenir chrétien? Dis-le-moi.
— Tu le sais mieux que moi. Mais puisque tu insistes, voici : le premier obstacle, c’est que ta conscience n’a jamais été réveillée. Gomme jeune homme, comme sujet, puis comme roi, tu as commis des choses abominables ; tu le sais, mais tu ne sens pas ta culpabilité. Le second obstacle, ce sont tes femmes; autrefois, tu me disais que ça n’en était pas un et
F. COILLARD
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
je te croyais un peu. Mais j’en suis revenu et aujourd’hui, je vois que c’est là le grand obstacle. Le troisième, c’est la crainte des Barotsis.
Nous étions très sérieux et il m’écouta longtemps sans m’interrompre.
« Ici nous luttons corps à corps avec le prince des ténèbres1. Je n’ai jamais pu comprendre comment il se trouve des chrétiens qui ne croient pas à la personnalité du diable, ni à l’existence des mauvais esprits qui sont dans les airs. Pour moi, dans mon expérience, c’est, hélas, une poignante réalité. Je pourrais bien jeter, comme Luther, mon encrier à la tète du diable, si réelle est pour moi sa présence. Ici nous sommes dans son royaume, en plein pays ennemi : la lutte est de chaque instant, et chaque progrès est une victoire. Mais que de défaites aussi, toutes personnelles, nous avons à enregistrer ! Les hautes cimes de la vie paraissent parfois hors d’atteinte, et pourtant II peut, Lui, nous faire chevaucher sur les lieux les plus élevés, et affermir nos pieds sur ce rocher qui nous paraît inaccessible. »
En novembre, pendant un séjour de Coillard à Séfoula, Mme de Prosch avait été à la mort. En décembre, la santé de Mme Mann donna les plus graves inquiétudes et successivement MM. Verdier et Martin furent amenés, par l’hématurie, aux portes du tombeau. Le i4 décembre, la nouvelle arriva à Léalouvi de la mort de Georges Mercier survenue le 18 novembre à Kazoungoula. M. Théophile Burnier était très malade à Séchéké.
A la fin de l’année, Coillard restait seul sur sa station, M. et Mme Liénard étant partis pour Séfoula où ils devaient rester plusieurs mois. M. Liénard revenait souvent à Léalouyi.
i. Lettre à M. et Mme Burkhardt-Zahn, Léalouyi, 19 septembre 1900.