DES CONTRE-TEMPS
(( La solitude ne me pèse pas, car je suis débordé de travail1. »
(( Ma solitude n’est pas toujours aussi calme et sereine qu’elle devrait l’être. Les soucis voltigent autour de moi comme nos moustiques. Un savant, qui avait étudié ces méchants insectes aux Indes, avait découvert certaines qualités chez eux qui lui faisaient dire que le vulgaire était injuste à leur égard. Peut-être qu’en analysant tous nos soucis et tous nos chagrins aux pieds du Seigneur, à la lumière de l’Evangile et de notre propre expérience, nous découvririons que même ces insectes-là qui bourdonnent autour de nous et troublent notre sommeil, plus encore que les moustiques, ont leur utilité. Il ne faudrait pas dire peut-être, car c’est positif, et ils sont compris dans ces choses qui toutes contribuent au bien de ceux qui aiment Dieu.
« Une chose bien certaine c’est que tous nos contretemps, quels qu’ils soient, nous rapprochent de Dieu, nous font sentir notre dépendance de lui, notre profonde faiblesse, et nous enseignent à prier. »
Coillard alla passer la fin de l’année et commencer 1901 à Séfoula où eut lieu la Conférence ; le retour en Europe de M. et M"10 Mann y fut décidé2.
La station de Léalouyi, au point de vue matériel, périclitait et le travail y devenait toujours plus difficile.
6 janvier igoi. — Dimanche, le roi me disait en remarquant cela: «Pourquoi tout ce laisser-aller et ces ruines? Cela ne te ressemble pas. »
1. Lettres à Mlle Bernard et à Mme J.-L. Alicheli, Léalouyi, 21 décembre et 18 novembre 1900.
2. M. et Mme Mann devaient prendre un congé d’un an, mais Mme Mann mourut le 8 mai 1901, dans le désert, à quatre jours de Kazoungoula, et M. Mann rentra définitivement en Europe.
47° F. COILLARD t MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
« Je suis mal, très mal logé \ J’ai deux chambres qui sont loin l’une de l’autre, ce qui ne me permet de surveiller ma cuisine et mes garçons qu’au prix de dérangements constants. Notre grande et belle église, le chef-d’œuvre de Waddell, tombe tout à fait en ruines; le toit est tout délabré ; les murs de roseaux et de terre, rongés par les termites, s’éboulent, c’est un crève-cœur que de la voir. »
« Notre école est dans un état lamentable 1 2, et voilà que Liénard officiellement et moi officieusement allons avoir l’école Mann sur les bras. Et pourtant, pendant ces dernières années de mon ministère, je ne devrais pas être lié à l’école, c’est ailleurs que je voudrais employer ce qui me reste de force. Pour moi, le temps est court. »
3 mars igoi. — J’ai d’énormes difficultés dans mon ménage avec mes garçons; ils ne sont pas fidèles, pas obéissants, et d’une saleté !... Je les gronde beaucoup, je sens mon caractère s’aigrir et cela me rend malheureux.
« Je lis ces temps-ci3 la vie de George Muller, par Pierson. George Muller était un des héros de ma jeunesse. Je l’ai vu et je l’ai entendu à Bristol. Je me suis dit en contemplant ce vénérable vieillard: Voilà une de ces machines puissantes qui ont mû le monde chrétien ; le secret de sa force n’était pas à l’extérieur, dans les ornements de la construction, mais dans le feu intérieur que le vulgaire ignore. Oh ! quand apprendrons-nous à prier, non pas seulement à crier comme David, mais à ouvrir le ciel comme Elie et à en faire tomber le feu et des torrents de bénédictions. O mon