‹ François CoillardChapitre 227 sur 282 · Lettre au même, 22 septembre · texte numérisé non relu

Lettre au même, 22 septembre

3. Lettre au même, Séchéké, 22 septembre 1901, impr. dans/. M. E., 1902, ier sem. p. 34-35.

MORT DE Mme DE PROSCUI

aujourd’hui, si ingrat, où nous semons à pleines mains. Que de fois nous nous demandons, avec angoisse, où va cette semence? Nous semblons travailler en vain, nous usons nos forces pour le néant. Mais l’ondée viendra et nous verrons que la graine n’est pas perdue. Elle germera, percera le sol. Le germe d’abord, puis la tige, puis l’épi, c’est-à-dire le temps joyeux de la moisson. »

25 septembre. — Il j a déjà trois mois que j’ai quitté Léalouyi; il y en aura quatre quand j’y serai revenu. J’en éprouve un grand malaise, car Bouchet y est tout seul à lutter avec de grandes difficultés. Le courrier m’a aussi apporté la nouvelle que Mme de Prosch avait été très près de la mort, mais qu’elle semblait être hors de danger.

Sénancja, 2 octobre igoi. — Quand nous arrivâmes au gué de Séoma, le vendredi soir 27 septembre, tous nos bateliers et les gens de Séoma étaient en train de traîner les canots. En nous voyant, ils s’arrêtèrent et se tinrent debout sur le rivage pour me saluer, mais ils étaient silencieux et tristes et j’en fus frappé.

— Mon père, me dit Sémonja, n’as-tu pas rencontré un blanc ?

— Oui.

— Ne t’a-t-il pas donné des nouvelles?

— Non.

— Tu ne sais donc pas les nouvelles? me dit-il en plongeant son doux regard dans mes yeux.

— Des nouvelles? Lesquelles?

Et mon cœur battait.

— Les nouvelles? C’est que la femme du docteur est morte (i3 septembre). Je fus bouleversé. Mme de Prosch morte !

MIles Kiener et Roulet avaient campé près du canal. Je

49° F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

m’y rendis en silence, suivi de mon monde. Elles vinrent à ma rencontre et, de loin, leur tristesse ne me confirma que trop la terrible nouvelle. Je n’ose penser ni à de Prosch, ni à nos amis d’Europe. Que c’est mystérieux!

Le lendemain, 28 septembre, M. Théophile Burnier arrivait aussi à Séoma :

Pauvre ami! Ce fut une triste joie de le voir, de causer et de passer le dimanche avec lui. Reviendra-t-il? Le lundi nous nous séparâmes, après nous être mutuellement recommandés à Dieu, partant lui pour l’Europe, nous pour cette fournaise qui s’appelle le Borotsé!

« Les besoins grandissent1, notre nombre diminue, et diminue toujours. Dans ces heures, solennelles entre toutes, où chacun frémit sous le poids de sa responsabilité, une voix nous crie : « Ton Dieu ordonne que tu sois puissant. » Cela nous suffit. Qu’il nous vienne du secours ou non, le devoir est clair. Sans bravade, jusqu’au dernier, nous resterons au poste que l’Eternel nous a assigné. « Jusqu’à la mort, nous te serons fidèles, » c’est notre devise, et si notre mort, mieux que notre vie, peut hâter la victoire, jusqu’au seuil de l’éternité, nous chanterons encore avec joie :

Prends, ô Jésus, prends ma vie,

Elle est toute à toi.

« Vous, « faites monter votre prière pour le reste qui subsiste encore. »

1. Lettre aux amis de Genève, Séoma, 29 septembre 1901, impr. dans les Nouvelles du Zambèze, 1902, p. \l\.

Page 1