‹ François CoillardChapitre 229 sur 282 · II n’était pas permis aux femmes de paraître au lékhotta · texte numérisé non relu

II n’était pas permis aux femmes de paraître au lékhotta

l\§2 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

hommes seuls? » Je fais ranger les chefs à droite du roi, je fais sortir un tas de garçons et de jeunes gens. On me regarde avec stupéfaction, mais on m’obéit et je ne m’inquiète pas des claquements de langue ni de la mauvaise humeur des chefs et du roi.

L’auditoire assis, nous commençâmes. Nous eûmes un de ces services inoubliables. Je prêchai sur i Cor. n, 2, l’âme en feu. Gomme 011 écoutait, on aurait entendu voler une mouche. J’étais moi-même très ému.

21 novembre igoi. — Quand donc éclatera le réveil? Le roi, lui, c’est un canard sur les plumes duquel l’eau coule sans les mouiller.

22 novembre. — Léwanika est venu hier après-midi et nous avons eu un long entretien sur les écoles d’abord, mais ensuite et surtout sur lui-même. Il me semble qu’il est impossible qu’il ne se donne pas bientôt. Oh! pourquoi pas encore de réponse à mes prières? Cette conversion ne serait-elle pas à la gloire de Dieu?

2 £ novembre. — Réouverture de l’église, il y avait foule, à peu près six cents personnes, en partie dehors. Tout était plein. Les couloirs étaient bondés. Je n’ai vu cela qu’à la Salle de la Réformation, à Genève.

Lundi 2 décembre. — Hier, journée menaçante et pluvieuse. Le roi est venu au culte et les gens aussi, mais les uns après les autres, et jusque vers la fin. Gela m’a troublé. Ma prédication s’en est tristement ressentie. Je me suis battu les lianes, j’ai pataugé, j’ai parlé longtemps, trop longtemps et je suis sorti de l’église épuisé et abattu. Et pourtant je prêchais sur l’humiliation de Jésus (Phil. ii, 6-10). Le roi, retenu par la pluie, est resté longtemps. Je tombais de fatigue. Le matin, l’église était pleine jusque sous le porche. Oh ! quelle humiliation, quelle douleur pour moi, de penser que j’aurais pu mettre l’éteignoir sur un lumignon!

DE L’iSOLEMENT

Goillard s’occupait de l’école avec MIles Iviener et Roulet ; M. Bouchet était parti avec ses élèves pour aller à Séfoula où était désormais placée l’école industrielle.

La vie reprit sur la station de Loatilé, depuis si longtemps privée de dames.

« C’est à peine si le bruit du grand monde, et même les échos de cette affreuse guerre, arrivent jusqu’à nous1. Après trois longues semaines d’attente, voici enfin un courrier, mais sans une enveloppe ou un journal d’Europe ni même de la Colonie. Rien. Que se passe-t-il chez vous? au Sud de l’Afrique? à notre porte? Nous l’ignorons. Vous Je voyez, notre horizon est bien borné, et c’est ainsi que l’esprit s’étiole et s’atrophie. Que de fois, en vous entendant parler avec tant de chaleur de nos privations, je me suis dit : Oui, c’est bien vrai, tout cela. Mais les privations et les épreuves 11e sont pas toujours là où on les place, et elles n’ont pas toujours le nom qu’on leur donne. Celles qui sont du domaine moral, intellectuel et spirituel sont de beaucoup les plus réelles et les plus dures à accepter. En Europe, dans ces centres ardents de lumière et de vie, vous recevez par tous les pores de votre être et vous donnez de cette abondance qui ruisselle en vous et dont le flot n’est jamais interrompu. Nous, avec notre vie émiettée par des travaux et des préoccupations d’un ordre souvent matériel, dans cette atmosphère malsaine, aux prises avec les puissances du mal et en contact constant avec une corruption sans limites, nous serions perdus, si nous n’étions portés, comme nous le sommes, par les prières et l’affection des saints et soutenus par la grâce toute-puissante de Dieu.

« Ne croyez-vous pas que c’est là un des côtés des souffrances de Christ que nous laissons beaucoup dans l’ombre?

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