EST-CE LE REVEIL
quel sérieux! Quelle joie de prêcher ainsi Jésus! Il ne faut pas aller plus loin que ma pensée et aller croire que nous sommes déjà en plein réveil. Non, mais il se prépare, ce réveil, et nous qui guettons les premières lueurs de l’aube, nous sentons nos cœurs se gonfler d’espérance et bondir de joie.
« La semaine dernière trois personnes sont venues me parler de leur âme. La troisième est un cas particulièrement intéressant. Seraient-ce les premières gouttes des ondées que nous attendons? Je vous confie cela comme à un ami qui lutte avec nous et qui souffre. Vous devez le savoir même si cela n’était que de la fumée. Mais ne le publiez pas.
« L’école, elle aussi, nous déborde. Plus de deux cents élèves de tout âge, et le nombre va croissant. Ces demoiselles sont aidées par Nyondo et par Naouina, fille du roi, convertie avec sa mère Nolianga, et maintenant mariée. Ces demoiselles sont littéralement écrasées de travail et moi, j’ai l’école de M. Mann, un vrai boulet avec toutes mes autres occupations. Ne vous étonnez pas si la correspondance en souffre. L’œuvre avant tout. »
Lundi 23 décembre igoi. — Encore une belle journée hier, bel auditoire et si sérieux et si captivé qu’on sentait que le Seigneur était là. Malgré les appels les plus directs, personne n’est venu se déclarer. Je sens pourtant qu’il se fait un travail. Pourquoi ne se manifeste-t-il pas? Pourquoi? la cause, l’empêchement serait-il en moi?
Ngouana-Ngombé était là, hier après-midi. Jamais je ne l’ai vu si sérieux et si attentif. Il a baissé la tête et bien bas quand j’ai parlé des renégats. Oh! s’il revenait! Ne peut-il pas revenir?
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
496 F. COILLARD
L’aimée fut terminée à Léalouyi par une grande solennité :
cc Nous ne voyions pas approcher les fêtes de Noël 1 sans une certaine inquiétude. Nous avions conçu des projets un peu audacieux et qui nous tenaient vivement à cœur. Nous avions invité nos collègues de la Vallée. Hélas ! il est si réduit le nombre de ces « réchappés », que les préoccupations de l’hospitalité ne pouvaient guère peser sur notre esprit. Mais ce qui était audacieux de notre part, c’était d’avoir rêvé de réunir nos cinq écoles de Sénanga, de Nalolo, de Séfoula, de Maboumbou2 avec celle de Léalouyi. Il se posait plusieurs points d’interrogation. Comment héberger, pendant quatre jours, cette foule d’enfants et les parents qui ne manqueraient pas de les accompagner ?
« Le roi, le Ngambéla et les chefs, par bonheur, entrèrent dans l’esprit de notre projet et résolurent d’emblée la difficulté. (( Rien de plus simple, dit Léwanika, tous, grands et petits, iront chez eux, » c’est-à-dire que chacun irait chez le chef ou la princesse dont il ressortit. Donc, plus de responsabilité pour nous, ni pour le logement, ni pour la nourriture. Mais un autre souci, c’était la saison. Pour vous, les fêtes de Noël s’associent toujours à la glace et à la neige de Lliiver, pour nous, à un soleil de feu et à des pluies torrentielles. Rôtir, passe encore, car nous sommes sous les tropiques, mais si notre plaine est submergée, et si les éléments se déchaînent, alors adieu la fête !
« Eh bien ! le bon Dieu a tout arrangé. La plaine était encore praticable, même pour des enfants; le temps était idéal : ni glace, ni neige, nous n’en attendions pas; mais ni
1. Lettre aux amis des Missions, Léalouyi, 6 janvier 1902, impr. dans J. M. E.s 1902, ier sem., p. 38o et suiv.
2. A Maboumbou même, où ne résidait qu’un catéchiste, l’école comptait plus de cent élèves.